Luc Chatel - Voiture électrique : "Le seul problème qui demeure, c’est la question des bornes de recharge"

Luc Chatel, président de la plateforme Automobile PFA et ancien ministre, était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 30 avril 2021 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

Luc Chatel interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 30 avril 2021 à 7h40.

Luc Chatel : "Le marché automobile s'est effondré l'année dernière, aujourd'hui il est mou"

Emmanuel Macron a détaillé les étapes du déconfinement, qui se prolongera au moins jusqu’en juin 2021, soulevant une multitude de questions, notamment concernant les réouvertures des commerces et lieux de vie. Luc Chatel, président de la plateforme Automobile PFA, explique que chez les concessionnaires automobiles il y a "une grande attente", notamment car ces derniers ne pourront rouvrir que le 19 mai 2021. "C’est une bonne nouvelle."

Il rappelle que lors du Confinement 3, "les concessions sont ouvertes sur rendez-vous", ce qui a permis de limiter la casse. Une demande qui avait été faite, sans être entendue, lors des deux premiers confinements car dans "les espaces de vente automobile, il y a un nombre de mètres carrés par client qui est très élevé". Mais malgré l’ouverture autorisée, "le marché est mou", constate Luc Chatel.

Le marché "s’est effondré l’année dernière" avec des ventes en chute de 25% qui "nous ramènent au milieu des années 70", souligne l’ancien ministre. La chute de la production a été de 40% en France, ce qui laisse dire à Luc Chatel : "Je pense qu’on aura du mal à retrouver ce niveau d’activité dans notre pays". "Depuis le début de l’année, on a une reprise", souligne-t-il tout en précisant que "les chiffres qu’on publiera demain ne sont pas significatifs puisqu’on avait fait -89% au mois d’avril dernier". Ces chiffres, qui seront en croissance par rapport à 2020, "sont plutôt en recul par rapport à l’année de référence, c’est-à-dire 2019". "La reprise n’est pas vraiment là."

Toutefois, "le marché de l’occasion, dans ce marasme, se porte plutôt bien", souligne Luc Chatel. "Il ne faut pas oublier que c’est une solution", ce qui explique "l’étroite collaboration" entre les professionnels de l’automobile et les services liés au marché de l’occasion.

"L'État s’était engagé à multiplier par 5 le nombre de bornes de recharge ; on n’y est pas du tout"

Le secteur automobile souffrait déjà d’une crise de fonds : "ce sont 100.000 emplois de perdus en dix ans", souligne l’ancien ministre qui avance 400.000 emplois pour la filière en 2019. Une filière qui, lundi 26 avril 2021, a été reçue par Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, afin de trouver des solutions dans le cadre du comité stratégique qui se réunit "trois ou quatre fois par an", précise Luc Chatel. "Nous avons une feuille de route, un contrat de filière que nous avons signé en 2018", année durant laquelle les constructeur automobiles se sont lancés dans la transition énergétique et ont fixé "des objectifs", notamment "multiplier par 5 en 5 ans le nombre de véhicules électriquesOn est en avance sur notre feuille de route", se félicite Luc Chatel qui met en avant la multiplication des modèles électrifiés ou encore "les progrès sur l’autonomie des véhicules électriques".

"Le seul problème qui demeure, c’est la question des bornes de recharge", souligne l’ancien ministre qui explique que "ça a été la teneur de mon discours, lundi à Bercy". "Nous, nous avons tenu, encore une fois, nos engagements, l’État s’était engagé, dans la même période, à multiplier par 5 le nombre de bornes de recharge." Or, Luc Chatel met en avant "qu’on n’y est pas du tout" car le nombre de bornes, entre 2018 et 2021, est passé de 27.000 à 30.000. "On avait dit qu’il en fallait 100.000 l’année prochaine."

Fin de l’essence : "C’est fou et irréalisable, si on va vers une solution unique"

Une nécessité, que cette multiplication des bornes, car la Commission européenne a fixé pour 2035 la fin des moteurs thermiques. Luc Chatel constate toutefois "une accélération de cette transition", notamment concernant les objectifs d’émission de CO2 des voitures "qui sont en train d’être durcis par la Commission européenne". Cette dernière demande "de passer à 59g de CO2 par kilomètre en 2030", une baisse de près de 30% par rapport aux niveaux actuels. Cet effort fait que "mécaniquement, pour y arriver, vous devez vendre des véhicules électriques. Ce n'est pas nous qui poussons à la vente de véhicules électriques, c'est la solution actuellement disponible en magasin qui est à un prix à peu près acceptable qui permet de tenir ces engagements d'émissions de CO2 et donc d'accompagnement de la transition énergétique".

Quant à la fin de l’essence, pour Luc Chatel, "c’est fou et irréalisable, si on va vers une solution unique qui est la solution batterie". Il demande donc que le gouvernement permette à l’industrie de continuer de développer d’autres systèmes, comme l’hydrogène.

 

"Des métiers vont disparaître mais d'autres vont émerger"

Le passage à l’électrique "constitue un peu un nouveau départ pour l’automobile", estime l’ancien ministre. Mais la filière s’étant spécialisée dans le thermique depuis près de cent ans, ce changement et la fin du thermique "impactent directement" la filière d’excellence et ses sous-traitants. "En France, nous avons les meilleurs fabricants de moteurs diesel de petites cylindrées, souligne-t-il. Des forges, des fonderies, des entreprises de mécanique. S'il y a une décision réglementaire politique qui dit 'plus de diesel', ça impacte directement tous ces sous-traitants et c’est ce qui est en train de se passer. Attention au rythme de la mutation à marche forcée, que nous accompagnons, à cette accélération qui a des conséquences sur le tissu industriel et donc sur l'emploi".

"Des métiers vont disparaître mais d'autres vont émerger, dans l'électromobilité, les usines de batteries, la fabrication de moteurs électriques, l'hydrogène. Tout l'enjeu est de mettre en place les conditions d'accueil, d'investissement automobile en France", estime Luc Chatel.

 

D'après Luc Chatel, "il y a un risque de production en Europe centrale, mais la chance est que les batteries, c'est lourd ! Plus vous la produisez loin, plus il y a des coûts de logistique élevés. Par ailleurs, il y a aujourd'hui un chemin des constructeurs automobiles vers une intégration verticale. Tesla a un peu montré le chemin et PSA en Lorraine a décidé de localiser en Lorraine la fabrication de leurs moteurs électriques qui était en Chine, souligne-t-il et ils vont intégrer verticalement : le moteur, la batterie, toute la partie électronique de puissance, parce qu'on considère aujourd'hui qu'au niveau technologique, c'est la meilleure solution pour produire des véhicules électriques".

 

"Les Français aiment l'automobile !"

Face à la politique "bashing" de la voiture de la part certains maires de grandes villes, Luc Chatel rappelle que "les Français aiment l'automobile. Toutes les enquêtes le montrent aujourd'hui. Par ailleurs, l'automobile est la solution unique pour 70% des Français tous les jours pour se déplacer et la voiture est à la fois synonyme de liberté et de progrès : on n'a rien inventé de mieux pour aller d'un point A à un point B matin, midi et soir où vous voulez à un coût abordable ! C'est une industrie de progrès, qui prend aujourd'hui le virage de la transition énergétique". 

"Ma mission est de m'appuyer sur la majorité silencieuse, ajoute-t-il, les Français aiment l'automobile", insiste-t-il.

 

 

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