L'édito de Thierry Guerrier - "Macron est ravi d'avoir à Matignon quelqu'un qui fait le boulot, ne lui fait pas d'ombre et se moque de sa propre popularité"

Dans son édito politique ce lundi matin, Thierry Guerrier nous parle de Jean Castex qui a fini par trouver sa place, selon lui, à Matignon... comme dans l’opinion.

Dans son édito politique ce lundi matin, Thierry Guerrier nous parle de Jean Castex qui a fini par trouver sa place, selon lui, à Matignon... comme dans l’opinion.

"Je crois en effet que la zone de turbulence dans laquelle se trouvait le premier ministre, depuis l’automne, est passée. Souvenez-vous, après la bienveillance des premières semaines, des tombereaux de sarcasmes qui se sont abattus sur Jean Castex : "Il est moins populaire qu’Édouard Philippe", "Il est sympathique, mais n’a pas d’autorité", "À ce rythme, (disaient même certains), ça va finir par un crash à la cresson, il sera viré avant un an".

Or, ces commentaires, ravageurs, n’ont plus cours".

Et qu’est ce qui explique ce revirement ?

"D’abord, Jean Castex a tenu bon. Ne commentant jamais les éditoriaux acerbes à son égard, se concentrant sur le fond et l’explication des décisions, ciblant surtout, dans ses interventions, la gestion de la crise sanitaire et semblant récupérer aussi, parfois, les couacs de ses ministres, plus en prof, en arbitre, que comme un chef cassant et dédaigneux.

Cette attitude, faussement débonnaire de Jean Castex (très éloignée de celle de son prédécesseur), a d’abord fait ricaner aujourd’hui, tout le monde constate que le Premier ministre, un peu comme le roseau, a plié sous le vent des critiques, mais sans rompre et qu’il est présent sur tous les fronts. Les "points presse" nationaux réguliers sur le Covid, dont il assume systématiquement le pilotage, évidement.

Mais aussi, le terrain, comme la visite d’un vaccinodrôme et d’un hôpital privé en Seine-Saint-Denis, vendredi, dans le département le plus touché. Et puis hier c’était une interview en direct sur la plateforme Twitch, pour essayer de toucher les 15/35 ans, qui ne regardent plus la télé.

Ce matin, encore, ce sera la 3ème grande conférence sociale du quinquennat, en visio, pour évoquer avec les syndicats la nouvelle réforme qui fâche celle de l’assurance chômage.

Le Président de la République, semble d’ailleurs se satisfaire de ce premier ministre, moins charismatique que le précédent ?

"C’est sans doute la clé, pour expliquer la fin des turbulences pour Jean Castex. Le binôme exécutif (Élysée/Matignon) a trouvé un équilibre, qui va très bien au vitupérant Emmanuel Macron. Le Premier ministre gère, administre, affronte le parlement. À lui toute la besogne de fond, sans brio excessif. Le président, en revanche, c’est celui qui tranche, qui se paye le luxe de s’opposer à son Premier ministre qui veut reconfiner. Un pari payant pour la côte de popularité d’Emmanuel Macron, meilleure que celle de Jean Castex.

Le président peut donc sembler prendre de la hauteur, paraître plus à l’écoute du pays et se concentrer sur le régalien (la diplomatie) et enfin préparer plus discrètement sa campagne pour 2022. Emmanuel Macron est ravi d’avoir à Matignon quelqu’un qui fait le boulot ne lui fait pas d’ombre et se moque de sa propre popularité. C’est ainsi que, sauf accident, Jean Castex a encore quelques belles heures devant lui à Matignon…