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Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Les abolitionnistes du zéro alcool

Le gouvernement, représenté par Didier Guillaume, le ministre de l'Agriculture, envisage la tolérance zéro en ce qui concerne l'alcool au volant. Même pas un petit verre. Alors forcément, ça fait réagir Élisabeth Lévy.

Le regard libre d' Élisabeth Levy

Écoutez "Le regard libre d'Élisabeth Lévy" tous les matins du lundi au vendredi à 8h10.

 

Didier Guillaume propose, comme Agnès Buzyn, de passer à zéro alcool au volant

"La mesure est proposée par la ministre de la Santé. C'est plus étonnant venant du ministre des agriculteurs et donc des viticulteurs. Il y a quelques mois, il avait déclaré que « le vin n’est pas un alcool comme les autres ». Il a été immédiatement recadré par Agnès Buzyn.

Il y a eu 3448 morts sur la route en 2017. En l'occurrence, l'alcool est en cause dans 20 % des cas (et la vitesse dans 30 %) selon l'Observatoire interministériel de la SR. Oui, quand on prend sa voiture, il vaut mieux ne pas avoir bu. Et même comme dirait Blanquer, ce n’est pas souhaitable."

 

Dans ces conditions, c'est une mesure de bon sens, non ?

"C'est typiquement la fausse bonne idée. Idéologique et pas pragmatique. En Europe, les taux autorisés oscillent entre 0,2 et 0,5 g/l de sang (seuls la Roumanie et la Hongrie sont à zéro)

D’abord, il faut savoir que c'est très compliquée à appliquer. Un coq au vin ou un de ces délicieux chocolats à la liqueur et hop, vous êtes hors la loi. 

De plus, pour que cette mesure soit nécessaire, il faudrait prouver que beaucoup d’accidents sont causés par des gens ayant bu un verre de vin. En réalité, ce sont souvent des alcooliques, multi-récidivistes, qui sont impliqués dans accidents mortels. Quelle que soit la limite, ils la transgresseront. Le problème, c'est la sanction."

 

À m'écouter, on n’aurait jamais fixé de limite ?

"Vous ne voyez pas la différence entre réglementer et interdire ? Derrière cette mesure, il y a des abolitionnistes. Comme pour les lobbyistes anti-tabac. 

Leur raisonnement est simple : c’est mauvais pour la santé donc interdisons-le. Interdisons aussi l’amour et les émotions trop fortes. Et le parapente. Seulement, les partisans du zéro tabac, zéro alcool, zéro drogue, zéro chocolat, zéro excitant oublient un détail : ces substances nocives sont aussi des sources de plaisirs. Surtout quand elles sont combinées entre elles, comme un café et une cigarette.

Autrement dit, la plupart des plaisirs ont un coût. Vivre tue. Une fois fixées des règles raisonnables pour la collectivité, nous sommes des adultes. Leur fantasme de la tolérance zéro et du risque zéro participe d’une tendance générale à l’infantilisation. Le pire, c'est que celle-ci est à la fois demandée et subie. Je pense notamment à la levée du secret médical pour les femmes battues. 

Nous savons que fumer entraîne des risques. Nous savons que boire entraîne des risques. Pour arriver à zéro accident de la route, j’ai une idée sûre : supprimer les routes (et les voitures). Vous n’aurez pas non plus d’accidents industriels si vous n’avez pas d’industrie." 

 

Que va-t-il se passer ? Y aura-t-il une loi ? 

"Somme toute, c'est beaucoup de bruit pour rien. Matignon n’a pas l’intention de faire adopter cette mesure. Tout ça n’est qu’une tempête dans un ballon de rouge."

 

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