Le regard libre d'Élisabeth Lévy - "Le sondage des lycéens sur le voile ? Les chiffres révèlent une fracture générationnelle"

Ce mercredi, Élisabeth Lévy évoque un sondage sur les jeunes et la laïcité en France.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Ce mercredi, Élisabeth Lévy évoque un sondage sur les jeunes et la laïcité en France.

Selon un sondage IFOP pour le magazine de "la Licra, le droit de vivre" auprès de la population lycéenne de 15 ans et plus, le résultat le plus spectaculaire est le suivant: 17 ans après la loi de 2004 qui a banni les signes ostentatoires religieux de l’école, 52 % des lycéens favorables à la liberté de les porter au lycée. (Contre un quart des adultes) C'est 86 % des musulmans. 38 % (contre 24 % des adultes,) sont favorables à l’autorisation du burkini. (76 % des élèves musulmans). 49 % approuvent la publication des caricatures (59 % des adultes)

C'est un vision minimaliste de la laïcité. Ils sont plus nombreux que leurs aînés à penser qu’elle doit assurer l’égalité entre les religions, moins qu’elle doit faire reculer leur influence. 

Que disent ces résultats ? 

Qu'il y a deux fractures. La plus notoire : celle entre les musulmans et les autres. La nouveauté est que les lycéens issus de minorités (perçus comme non-blancs…) pensent tendanciellement comme les musulmans.

Il y aussi une fracture générationnelle. Les jeunes sont beaucoup plus tolérants par rapport aux expressions religieuses. Et plus généralement, par rapport à l’affichage des identités. 

Que les jeunes soient plus tolérants que leurs parents, la belle affaire….

Toutes les générations s’opposent à leurs parents. Mais là, nous assistons à un changement de paradigme intellectuel voire à un bouleversement anthropologique. 

C'est une ambiguité de la notion de tolérance. Loi de 2004 reflète une certaine idée de la tolérance. Pour que les enfants et adolescents se forgent leur jugement, indépendamment de leurs parents, on a besoin d’un monde commun où les différences ne s’affichent pas.. C'est la définition de l’universalisme: votre naissance ne conditionne pas votre fortune et pas non plus ce que vous pensez et croyez. Chaque être humain a le droit à l’autonomie. 

Mais pour une fraction croissante de la jeunesse, la tolérance, c’est l’acceptation du saucissonnage identitaire des êtres humains. Chacun est défini par sa race, son genre et sa place dans l’échelle de l’oppression : racisé/Discriminé/colonisé. 

Vous allez dire que c’était mieux avant….

Même si c’est vrai, c’est inopérant. Je ne dirai pas non plus comme Muray que la jeunesse est un naufrage. Mais ce n'est pas interdit d’alerter sur les entourloupes des bons sentiments. "Chacun fait ce qu’il lui plait" n’est pas la recette du vivre-ensemble, mais celle de la guerre de tous contre tous.