Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Entre le Buzyn "Gate" et le Macron "wait"

Selon notre éditorialiste, les propos d'Agnès Buzyn dans "Le Monde" ne sont que le reflet d'une femme brisée par la politique. En revanche, ils mettent un peu plus en lumière l'attentisme du chef de l'Etat. Oui, gouverner, ce n'est pas écouter et prédire, c'est choisir et prévoir.

Le regard libre d'Elisabeth Lévy

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Revenons sur les déclarations d’Agnès Buzyn

Est-ce la fin de l’union sacrée ? Le Monde lâche une bombe qui va peut-être devenir "l’affaire Buzyn".  Drôle d’article signé Ariane Chemin qui brosse le portrait d’une femme brisée par la politique. 

Que dit Agnès Buzyn ? Trois choses. 

  • On aurait dû arrêter les élections municipales, parlant même de mascarade, avant de regretter ce terme. Et elle en a averti le président de la République et le Premier ministre le 30 janvier. 
  • C’est pourtant elle qui a proposé de remplacer Griveaux au pied levé...
  • "Il va y avoir des milliers de morts". En prime, elle prend le risque de semer la panique.

Comment expliquer cette sortie ? 

Les journalistes parlent à mots plus ou moins couverts de "dépression". Plutôt féroce, Guillaume Tabard dans Le Figaro, reproche au Monde d’instiller le poison du soupçon. Pour lui, les propos d’Agnès Buzyn sont l’expression d’une rage personnelle, pas le début d’un scandale. 

  • Sur la dimension personnelle, aucune lumière, mais cela prouve que venir de la société civile n’est pas la panacée pour réussir en politique. 
  • Va-t-il y avoir un scandale d’Etat comme le dit Marine Le Pen ? Très difficile de savoir si la mayonnaise va prendre, si la vie claquemurée va anesthésier et reporter ou, au contraire, stimuler toute contestation. 

Sur le fond, y a-t-il matière à scandale ? 

Scandale, je ne sais pas, mais des questions certainement. Le Premier ministre a reconnu qu’Agnès Buzyn l’avait alerté fin janvier. C’était un avis parmi d’autres. Il y avait des scientifiques moins inquiets à ce moment-là. Dans ces conditions, il ne faut pas se défausser en permanence derrière les blouses blanches. Le pouvoir a bien tranché entre plusieurs analyses et plusieurs stratégies. Or, la conviction, semble-t-il de plus en plus répandue, est qu’il a sous-estimé la gravité de la crise. Cf. cette image dévastatrice de la sortie théâtrale du 6 mars. Macron s’est-il laissé mener par le bout du nez par des scientifiques trop optimistes ou a-t-il été victime et nous avec de son indécision ? 

N’est-ce pas facile à dire a posteriori ? 

D’accord, gouverner ce n’est pas prédire, avec une boule de cristal mais ça reste un peu, prévoir. Y compris le pire. Comment peut-on manquer d’un produit aussi basique que les masques ?

Le scandale peut sans doute attendre quelques semaines. Agnès Buzyn aurait sans doute dû se taire. Mais il est injuste de lui tomber dessus et d’oublier l’épaule sur laquelle elle s’est épanchée. On a un peu l’impression que le Monde, qui prêche tous les jours pour le civisme et l’union nationale, commet un abus de faiblesse pour faire un scoop.