Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Bedos VS Véran : "Une société sans risque sort de l'Histoire"

Dans un message publié sur Instagram, le comédien et réalisateur Nicolas Bedos ne cachait pas son ras-le-bol de la peur autour de la pandémie de Covid-19. Ce qui n'a pas manqué de faire réagir le grand manitou du tout-sanitaire, Olivier Véran. Et si nous nous focalisions sur "le risque raisonnable" ?

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Nicolas Bedos a publié hier sur Instagram un texte qui a fait grand bruit.

Une forme de plaidoyer pour l’insouciance. « Arrêtez tout. Les masques. Les confinements. Excepté face à vos parents très fragiles. Vivez à fond, tombez malade, allez au restaurant. Nous devons vivre, quitte à en mourir. » 

Le plus incroyable, c’est qu’Olivier Véran lui réponde. Devant le Sénat, le ministre a accusé le saltimbanque d’irresponsabilité et d’égoïsme. « Dans cette période, il faut faire attention à ce qu’on dit». Ce chantage moral est insupportable. Il est interdit de critiquer la politique gouvernementale puisque des vies sont en jeu.

Dire aux gens de tout arrêter, c’est en effet irresponsable. Mais…

Nicolas Bedos est irresponsable au sens premier du terme, il n’est pas ministre, ni archevêque, ni n’a publié de circulaire interdisant le port du masque. Pas un Français ne va changer de comportement à cause de son texte. Et tant mieux. Comme les étudiants de 68 scandant « il est interdit d’interdire », les punks chantant « no future » les rappeurs braillant « Nique la France » et pire si affinités. Ou les dessinateurs de Charlie. On ne peut pas encenser le blasphème le matin et glapir le soir parce qu’un humoriste transgresse la religion sanitaire. La situation est grave, mais pas assez pour nous infliger en prime cet esprit de sérieux surjoué.

Il s’agit de protéger les plus fragiles ?

En les prenant pour des buses, des enfants ? Il paraît que les jeunes vont dans les bars puis contaminent leurs grands-parents. Mais les obligent-ils par la force ? On peut voir sa grand-mère étant masqué. Ou ne pas la voir. On peut surtout lui demander si elle préfère se passer de présence ou prendre “un risque raisonnable”.

C’est quoi un risque raisonnable ?

C’est lorsque la statistique est avec nous. Il y 3000 morts sur les routes et vous prenez votre voiture - en même temps que le risque pour les autres. Nous évaluons en permanence le rapport risque/bénéfice. Nous mangeons du Nutella et buvons du vin alors qu’on vit plus vieux en carburant au poisson cru et au thé.

Plus important encore sur le plan collectif. Une société qui refuse le risque au point de l’inscrire dans sa constitution sort de l’Histoire. Sans risque, pas de Grandes découvertes, pas d’homme sur la Lune. 

Bien sûr, on a le droit d’avoir peur. Mais ça ne peut pas devenir une obligation.