Souvent tourné en dérision de son vivant, l'inclassable peintre Henri Rousseau, dit "le douanier Rousseau", est célébré par le musée de l'Orangerie à Paris jusqu'au 20 juillet grâce à une coopération inédite avec la Fondation Barnes de Philadelphie, désormais autorisée à prêter ses tableaux.
"On a une très grande chance, une opportunité incroyable", s'enthousiasme Claire Bernardi, directrice du musée de l'Orangerie.
L'exposition "Henri Rousseau, l'ambition de la peinture", qui ouvre ses portes mercredi, a été montée par les deux musées possédant les deux plus grandes collections du peintre: la Fondation Barnes, qui en possède 18, et l'Orangerie, qui en a 11.
"Grâce à cette coopération internationale, nous avons eu des prêts fabuleux de tableaux", ce qui permet de "montrer des œuvres qui n'ont pas été vues ensemble depuis des années, voire jamais", se félicite Claire Bernardi.
Un visiteur est assis près du tableau "La Bohémienne Endormie" de Henri Rousseau, lors d'une exposition consacrée au peintre au musée de l'Orangerie à Paris, le 20 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
L'exposition, montrée à Philadelphie cet hiver, rassemble une cinquantaine d'œuvres, dont une partie vient d'autres musées des États-Unis, comme "La bohémienne endormie", l'un des tableaux les plus mystérieux de Rousseau, prêté par le Moma de New York.
La coopération avec la Fondation Barnes a été rendue possible par un changement du statut de l'institution fondée il y a un siècle par Albert C. Barnes, un collectionneur visionnaire féru d'impressionnisme et d'art moderne.
En 2023, un tribunal américain a statué qu'elle pouvait désormais mettre des œuvres à disposition d'autres institutions tandis que, jusqu'alors, ses statuts stipulaient que la collection ne pouvait être ni modifiée ni prêtée.
Ces changements sont cependant soumis à des contraintes: le nombre de tableaux prêtés est limité à 20 et à deux par salle, pour une durée de 12 mois maximum.
- Jungles luxuriantes -
Le tableau "Combat de tigre et de buffle" de Henri Rousseau, lors d'une exposition consacrée au peintre au musée de l'Orangerie à Paris, le 20 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
Albert C. Barnes a été l'un des premiers collectionneurs à apprécier Henri Rousseau, dont les tableaux ont commencé à séduire quelques années après sa mort en 1910 à 66 ans.
Ses peintures "ont le charme d'un conte de fée pour enfants, mais il n'y a rien d'enfantin ou d'inculte dans l'habileté avec laquelle ils sont exécutés", a salué le collectionneur, qui a acheté la plupart de ses tableaux par l'intermédiaire du marchand d'art Paul Guillaume, l'un des plus influents de Paris de l'époque.
Henri Rousseau est considéré comme un peintre atypique pour son époque, étiqueté "naïf". "Il était surtout un autodidacte, sans formation artistique, qui n'a commencé à peindre qu'à la quarantaine", après avoir quitté son poste à l'octroi de Paris, ce qui lui a valu son surnom de "Douanier", explique Juliette Degennes, co-commissaire de l'exposition.
Pour le Britannique Christopher Green, autre commissaire, "Henri Rousseau nourrissait de réelles ambitions et a voulu vivre de son art. Il n'y est pas vraiment parvenu car il a toujours connu des problèmes d'argent, mais il a créé une œuvre passionnante en essayant".
Le tableau "Femme se promenant dans une forêt exotique" de Henri Rousseau, lors d'une exposition consacrée au peintre au musée de l'Orangerie à Paris, le 20 mars 2026
ALAIN JOCARD - AFP
Le musée de l'Orangerie consacre une grande salle à ses célèbres scènes de jungles luxuriantes peuplées d'animaux sauvages, à l'image de la toile "Le lion ayant faim, se jette sur l'antilope", de trois mètres sur deux.
Henri Rousseau "n'a jamais quitté la France. Il a trouvé l'inspiration dans des albums d'illustration d'animaux sauvages et par des visites au Jardin des plantes", raconte Juliette Degennes.
Avec ses inventions fantastiques et exotiques, Henri Rousseau cherchait à faire sensation dans les salons parisiens et à se démarquer d'autres peintres plus reconnus que lui. Il était "le plus exotique des peintres exotiques", selon Apollinaire.
Par Jérôme RIVET / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP