Le Chilien Nicolas Zepeda a été condamné jeudi, en appel à Lyon, à la prison à perpétuité pour l'assassinat, il y a près de 10 ans à Besançon, de son ex-petite amie japonaise, dont le corps n'a jamais été retrouvé.
La cour d'assises du Rhône a été convaincue "au-delà de tout doute raisonnable" qu'il a prémédité le meurtre de Narumi Kurosaki, "par jalousie", et qu'il a ensuite "fait disparaître son corps".
Nicolas Zepeda, 35 ans, a assassiné la jeune femme, alors étudiante à Besançon, dans la nuit du 4 au 5 décembre 2016 "par suffocation", probablement "par strangulation ou étouffement", selon le verdict lu par le président de la cour Eric Chalbos.
L'assassinat a eu lieu "dans la chambre 106" de la résidence universitaire où vivait Narumi Kurosaki. Le Chilien a ensuite "eu le temps d'emporter" le corps, de "le faire disparaître, possiblement" dans un sous-bois au bord du Doubs où il avait fait un "repérage" quatre jours plus tôt", a-t-il énoncé.
La cour a alourdi la peine de 30 ans requise par l'avocat général, mais aussi les deux verdicts de 28 ans de prison rendus lors de précédents procès, en 2022 et 2023 en appel. La cour de Cassation avait annulé en 2025 le verdict pour vice de procédure.
Des photos de la Japonaise Narumi Kurosaki, assassinée en 2016, présentées avant le troisième procès du Chilien Nicolas Zepeda,à Lyon, le 17 mars 2026
Olivier CHASSIGNOLE - AFP
Au cours des dix dernières années, l'accusé a "varié son récit sur de nombreux points, c'est pourquoi la cour a accordé un crédit limité à ses dénégations", a expliqué le président Chalbos, après avoir énuméré les nombreux indices confondants du dossier.
Nicolas Zepeda, qui a toujours clamé son innocence, a écouté le verdict le visage enfoui dans ses mains. La mère et les soeurs de Narumi ont caressé une photo de la jeune fille, de 21 ans à l'époque.
Le Chilien "continuera de se battre contre cette injustice", a déclaré à la presse l'un de ses avocats Sylvain Cormier, annonçant un pourvoi en cassation, voire une "demande de révision" ou un recours auprès de la Cour européenne des droits de l'homme.
"C'est une décision totalement inattendue pour la famille de Narumi qui n'imaginait par que la cour irait au-delà des réquisitions", a réagi son avocate Sylvie Galley, pour qui la mère et les deux soeurs ont "au moins été entendues dans leur peine et leur deuil impossible".
- "Hurlements de terreur" -
Nicolas Zepeda et Narumi Kurosaki avaient entamé une relation amoureuse en 2014 au Japon où le Chilien étudiait. Mais "il n'a pas supporté qu'elle le laisse pour poursuivre ses études en France" à l'été 2016, puis qu'elle y "tombe amoureuse" d'un étudiant du campus, avait estimé mercredi l'avocat général Vincent Auger.
Après des mois d'"espionnage informatique" des comptes de la jeune femme, le blocage de ses "amis masculins" sur Facebook et une vidéo menaçante, il a fait le voyage du Chili jusqu'à Besançon sans la prévenir.
Croquis d'audience du 17 mars 2026 montrant le Chilien Nicolas Zepeda, accusé du meurtre en 2016 de son ex-petite amie japonaise, lors de son troisième procès au tribunal correctionnel de Lyon
ZZIIGG - AFP
Après trois nuits et quatre jours à l'épier, comme l'attestent bornages, témoins et caméras de surveillance, il l'a invitée au restaurant et trouvé un moyen pour rentrer avec elle dans sa chambre la nuit du 4 au 5 décembre 2016.
La cour a situé la mort de Narumi aux environs de 03H20, quand des étudiants ont entendu des "hurlements de terreur" suivis d'un "long râle".
Après des tergiversations, Nicolas Zepeda avait reconnu avoir passé 25 heures dans la chambre, après ces cris qu'il est le seul à n'avoir "pas entendu".
Le portefeuille avec 565 euros, les cartes bancaires, l'ordinateur, l'unique manteau d'hiver de l'étudiante ont été retrouvés dans sa chambre, mais pas une couverture, ni sa valise.
Dès son arrivée en France, Nicolas Zepeda avait acheté du détergent javellisé, un bidon de produit inflammable et des allumettes.
Taeko Kurosaki, au centre, la mère de Narumi Kurosaki, accompagnée de membres de sa famille, au palais de justice de Lyon, le 17 mars 2026
OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP
Une preuve de la préméditation, pour M. Auger. Mais il a probablement renoncé à incinérer le corps pour le précipiter dans le Doubs, a estimé le magistrat.
Après quoi, et jusqu'à son retour au Chili le 13 décembre, il s'est employé à "faire vivre virtuellement" l'étudiante en envoyant des messages rassurants aux proches de la jeune femme, depuis son adresse emails et ses réseaux sociaux. Il avait ainsi retardé l'alerte sur la disparition.
Par Emmanuel GIROUD / Lyon (AFP) / © 2026 AFP