Laurent Pahpy : "Il y a une déconnexion totale entre ce que vivent les agriculteurs et ce qu'on entend dans le débat public"

Laurent Paphy, ingénieur, analyste pour l'Institut de recherche économique et fiscale (IREF) était l’invité d’André Bercoff vendredi 10 juillet sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Laurent Pahpy invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Les agriculteurs sont pris entre deux feux. D'un côté, ils ont continué à assurer leur mission pendant la crise du Covid-19 pour assurer la continuité alimentaire du pays, de l'autre le débat public jette souvent l'opprobre sur ces professionnels, mis en cause pour certaines de leurs méthodes.

 

Des agriculteurs "pris en étau"

Face à ces accusations, certains le vivent mal et sont prêts à commettre l'irréparable. Un agriculteur se suicide en moyenne tous les deux jours. "Les causes de suicide sont très complexes", admet Laurent Pahpy. "Aujourd'hui, l'agriculture française est attaquée de toute part, ils se sentent seuls au monde face à la concurrence, face à un discours d'agri-bashing permanent", rapporte-t-il, jugeant"qu'il y a une déconnexion totale entre la réalité de ce que vivent les agriculteurs et ce qu'on entend dans le débat public". "Il y a tout un tas de gens qui veulent leur expliquer comment faire leur métier et derrière, ça se transforme en norme qui les empêchent de travailler", regrette l'ingénieur.

 

"Les agriculteurs sont pris en étau entre deux choses", déplore Laurent Pahpy. "Il y a une technostructure administrative, normative énorme", décrit-il. Des dizaines d'organisations, "qui vont des chambres d'agriculture au ministère de l'agriculture", qui comptabilisent en moyenne "un fonctionnaire pour vingt exploitations". Pour illustrer ses propos, l’analyste rapporte que les agriculteurs "passent treize heures par semaine à faire de la paperasse", sur une cinquantaine d'heures travaillées par semaine. "C'est démentiel, la quantité de démarches administratives", s'exclame-t-il. De plus, "il y a une certaine forme de corporatisme dans l'agriculture qui fait qu'on ne peut pas produire ce qu'on veut, acheter les terres que l'on veut. On est très souvent contrôlés par des syndicats très puissants" regrette l'ingénieur.

Le bio, une arnaque ?

Le deuxième aspect concerne le discours "de gens qui se prétendent écologistes et qui ont un décalage par rapport à la réalité des agriculteurs avec un discours culpabilisant", constate Laurent Pahpy. "On a l'impression que ce sont des empoisonneurs, mais les agriculteurs ne se lèvent pas chaque matin pour empoisonner les gens", insiste-t-il. Parmi les discours "simplistes", l'ingénieur s’épanche sur le bio. "Le Bio serait la solution à tout, il repose sur un fondement comme quoi tout ce qui est naturel est bon, tout ce qui est synthétique est mauvais", explique-t-il. Un fondement au point de vue "erroné", précise l'analyste pour qui "dire que l'agriculture bio est meilleure pour la santé, c'est faux, dire que c'est meilleur pour l'environnement, ça se discute aussi", estime-t-il.

Selon Laurent Pahpy, "il n'y a aucune différence" pour les consommateurs. Et sur l'impact sur les maladies, "quand on regarde les cancers, chez les agriculteurs il y en a moins que dans la population générale", souligne-t-il. "Globalement, on est en meilleur santé lorsqu'on est agriculteur", insiste l'analyste qui précise que dans le bio, "on utilise aussi des pesticides. On oublie souvent de dire que le bio c'est sans pesticides... de synthèses", précise-t-il. Et sur la question des pesticides, "il y a tout un discours simpliste qui dit qu'on peut s'en passer, mais c'est faux, aucune agriculture dans le monde n'est capable de nourrir une population sans en utiliser", estime l'ingénieur. "Il y a des technologies qui permettraient de diminuer ces charges en pesticides, mais ces ONG qui dominent le débat public sont contre", déplore-t-il.

 

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