Laurent Mauduit: un débat pour surfer sur "la haine de l’autre, la haine du voisin, la haine des étrangers"

Editorial politique

Laurent, le débat hier à l’Assemblée nationale voulu par Emmanuel Macron sur l’immigration vous a mis mal à l’aise. Expliquez nous pourquoi…

Oui, mal à l’aise et en colère. Parce que la France traverse depuis un an une crise sociale historique. Et de quoi Emmanuel Macron souhaite-il que l’on parle de toute urgence ? De l’immigration, que ce mouvement social n’a pas mis à l’ordre du jour de ces débats.

Mal à l’aise et en colère parce que mille questions alimentent les inquiétudes de Français. Mille questions qui ont trait à la très réforme des retraites que prépare ce gouvernement ; à la très violente réduction des droits des chômeurs qui entre en vigueur dans quelques jours ; au sort souvent misérables des personnes âgées dans les Ephad ; à la situation d’asphyxie financière des urgences hospitalières. Et au lieu de cela, de quoi veut parler Emmanuel Macron ! De l’immigration !

Mal à l’aise parce que, dans la lutte contre le terrorisme, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, expert en couacs en tous genres, s’avère incapable de tenir sa maison, et comme à son habitude il renvoie la responsabilité des dysfonctionnements de la préfecture de police sur des lampistes. Et de quoi faut-il parler sans délai ? Pas de cela. Encore et toujours de l’immigration. Jusqu’à l’obsession.

A vous entendre, c’est une manœuvre…

Eh oui, c’est une manœuvre. Pour être précis une manœuvre de diversion. Mais la ficelle, il faut bien le dire, est un peu grosse. Car dans l’histoire longue des démocraties, il est malheureusement souvent arrivé que des démagogues irresponsables ou des apprentis incendiaires, cherchent à masquer les effets délétères des politiques qu’ils conduisent en désignant à l’opinion d’autres dangers imaginaires. En caressant en somme l’extrême droite dans le sens du poil, et en alimentant les mêmes peurs qu’elles, les mêmes fantasmes, les mêmes haines. La haine de l’autre, la haine du voisin, la haine des étrangers, la haine xénophobe. La haine, implicite ou explicite, des musulmans…

C’est très sévère, ce que vous dites à l’égard d’Emmanuel Macron…

Peut-être. Mais honnêtement ai-je tord ? Hier, il n’y avait pas même de texte soumis à l’Assemblée nationale pour justifier ce débat. Il n’y a pas même eu de vote. C’était juste un prétexte pour que tous les esprits s’échauffent à ce sujet. Pour qu’à gauche comme à droite, on ne parle plus que de cela. Pour que tous les médias y consacrent, bon grè mal gré, des heures d’antenne – comme nous, mais que faire d’autre ? Ah si… tout de même… Que faire d’autre ? Dire que l’on n’est pas dupe et que l’on ne marche pas. Voilà : c’est dit !