"Je me permets de te tutoyer, ça t'embête pas? Tu dis que c'est ta mère qui te tape?" Au 119, des professionnels à l'écoute

Numéro d’urgence, pédopornographie, unités spécialisées… Emmanuel Macron a présenté hier son plan de lutte contre les violences faites aux enfants. Il promet 400.000 euros de plus d’ici 2020, au "119 allô enfance en danger", le numéro d’écoute gratuit. Mais comment se passe la prise en charge des personnes au 119?

Photo d'illustration (Félix Mathieu / Sud Radio)
Reportage Sud Radio de Grâce Leplat

 

 

Au centre d’appel du 119, Béatrice est écoutante. Elle reçoit aujourd'hui l’appel d’un petit garçon de 9 ans:

"Je me permets de te tutoyer, ça t'embête pas? Tu dis que c'est ta mère qui te tape? Tu peux m'expliquer? A quel moment elle te tape?"

"Information préoccupante"

Cette psychologue clinicienne de formation essaie alors de comprendre sa situation. "C'est un petit garçon qui dit que, depuis qu'il a 4 ans, sa mère le tape quand il fait des bêtises. Sur tête, quelquefois avec un bâton". Béatrice le rassure: il est entendu et sera suivi. "Je trouve que c'est un appel difficile, il y a une décision à prendre: est-ce qu'on fait une 'information préoccupante'? Je me dis que je me laisse jusqu'à demain, j'essaye de tisser quelque-chose avec l'enfant pour qu'il puisse avoir confiance sur le fait qu'on ait bien compris ce qu'il vivait".

 

Appel anonyme et non-référencé sur les factures

Comme Béatrice ils sont 45 écoutants, juristes, pédopsychiatriques, psychologues, répondant à près de 1300 appels par jour: "La première chose qu'on fait, c'est évaluer s'il y'a effectivement des dangers. On fait ce qu'on appelle une 'information préoccupante'. On va peut-être pouvoir à ce moment là conseiller, orienter, soutenir. Cela dépend de la tonalité des appels". L’appel est anonyme, non référencé sur les factures. Pourtant aujourd'hui seule une personne sur quatre appelle le 119, face à une suspicion de violence.

 

Ficher les délinquants sexuels? "Une aberration contre-productive" selon "Ange bleu"

Emmanuel Macron promet de lutter contre la récidive des personnes condamnées pour des infractions sexuelles et va systématiser leur inscription au fichier des délinquants sexuels. Une mesure qui choque Latifa Bennari, victime d'abus durant son enfance, et dirigeante de l’association Ange Bleu, une association d’écoute d'anciens enfants abusés et de pédophiles abstinents.

"Le nombre de pédophiles qui m'appellent, qui sont en souffrance, qui ne sont jamais passé à l'acte, et qui ne sont pas forcément des personnes dangereuses. Je connais des milliers de consommateurs d'images, qui ne sont pas dangereux et qui ont besoin d'aide parce que c'est une addiction, comme une drogue mentale. Le fichage des délinquants est une aberration contre-productive. J'arrête de travailler avec un pays aveugle !"