Au terme d'une intense bataille procédurale, les avocats des six accusés jugés pour l'assassinat en août 2019 d'un narcotrafiquant marseillais et d'un de ses proches ont quitté en fin d'après-midi les bancs de la défense.
Tout au long de la journée, ils avaient réitéré les demandes de renvoi puis de suspension en raison de l'absence d'une capitaine de police qui, mercredi, avait quitté le palais de justice d'Aix-en-Provence sans prévenir avant la fin de sa déposition.
Cette officier de police judiciaire convoquée pour rapporter une partie de l'enquête dont elle avait eu la charge avait répondu aux questions de l'accusation et à celles de deux avocats des accusés avant de s'éclipser lors d'une interruption d'audience, privant une partie de la défense de la possibilité de l'interroger.
Dénonçant une entorse au procès équitable, "une rupture dans l'égalité des armes", les avocats ont multiplié les demandes de comparution forcée. "On a mis des menottes à un avocat, on peut les mettre à une policière", a soutenu Me Christine d'Arrigo faisant référence à l'incarcération récente d'un des défenseurs de Gabriel Ory, l'un des principaux accusés de ce procès.
Ayant reçu jeudi matin un arrêt de travail de l'enquêtrice jusqu'au 1er avril, la cour a décidé de surseoir à statuer jusqu'au 2 avril pour ordonner ou non sa comparution forcée, mais a rejeté la demande de renvoi du procès.
Aussitôt la défense a réclamé la suspension des débats jusqu'au 2 avril. "Vous nous emmenez gentiment en balade en nous donnant un hypothétique rendez-vous le 2 avril", a lancé Me Raphaël Chiche, appelant à ce que "le cirque s'arrête".
- Au revoir ! -
Au motif que la loi ne permet pas la suspension des débats pour l'indisponibilité médicale d’un témoin, la cour a, là encore, renvoyé dans ses cordes la défense, qui a immédiatement quitté la barre.
"C'est une pièce de théâtre, faut arrêter", a dénoncé Zaineddine Ahamada, un des accusés dans un box qui, privé de ses avocats, s'est rapidement enflammé.
Un membre de l'équipe régionale d'intervention et de sécurité (ERIS) devant l'entrée de la cour d'assises du tribunal d'Aix-en-Provence, où se déroule le procès des membres présumés de la DZ Mafia, le 23 mars 2026 dans les Bouches-du-Rhône
Thibaud MORITZ - AFP
"Ce sera un procès bidon alors qu’on est venu de bonne foi", a déploré Amine Oualane, également suspecté d'être un ponte de la DZ mafia, estimant que la cour avait reçu "l’ordre de nous taper dessus".
La présidente l’appelant "à la mesure", Amine Oualane a haussé le ton: "Je suis un citoyen comme vous, on dirait que je suis un chien". "Bonne journée, Au revoir" a-t-il lâché avant quitter le box en promettant de ne plus comparaître jusqu’au 2 avril, comme ses coaccusés.
Cofondateur présumé du cartel marseillais, Gabriel Ory s'est défendu d’en être un des patrons: "On m'accuse d'être un cadre de la DZ Mafia alors que je ne le suis pas". "C'est une mascarade, a-t-il ajouté. Six ans que j'attends de me défendre et je me retrouve dans un sketch."
Du côté de l’accusation, les deux avocates générales ont regretté ce départ des avocats et le refus de comparaitre des accusés, l'estimant "dommageable" pour ces derniers. "La défense reviendra le 2 avril et, je n'en doute pas, nous aurons de nouveau une défense de rupture", a pronostiqué l'une d'elles.
Le procès va donc se poursuivre avec l'audition des témoins, dont le directeur vendredi, devant un box et des bancs de la défense dépeuplés. Les accusés recevront chaque matin un huissier qui leur fera sommation à comparaître et le soir la greffière descendra dans les geôles leur faire le rapport sur l'audience du jour.
AFP / Aix-en-Provence (AFP) / © 2026 AFP