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En congrès à Dunkerque, la FNSEA se dit "toujours dans la bagarre"

"Les lignes ont bougé" en France et en Europe après l'intense mobilisation des agriculteurs, s'est réjoui mercredi le patron du puissant syndicat agricole FNSEA à l'ouverture de la séquence publique de son 78e congrès à Dunkerque (Nord), tout en prévenant que du travail restait à faire.

Sameer Al-Doumy - AFP

"Les lignes ont bougé" en France et en Europe après l'intense mobilisation des agriculteurs, s'est réjoui mercredi le patron du puissant syndicat agricole FNSEA à l'ouverture de la séquence publique de son 78e congrès à Dunkerque (Nord), tout en prévenant que du travail restait à faire.

"Ce n'est pas terminé, on continue à être dans la bagarre" pour obtenir la concrétisation des mesures promises par le gouvernement, a déclaré Arnaud Rousseau dans la soirée.

"On ne peut pas se dire +youpi c'est la fête, on peut déboucher le champagne+", a abondé son homologue du syndicat allié Jeunes Agriculteurs (JA), Arnaud Gaillot.

Le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau, qui doit s'exprimer jeudi au congrès, s'attend à un accueil "tonique" mais espère pouvoir "répondre à la crise et à la colère" exprimée par la profession depuis plusieurs mois en détaillant un calendrier sur les annonces du gouvernement.

A la tribune mercredi, plusieurs responsables de sections locales de la FNSEA ont affirmé que leurs adhérents expriment une certaine impatience.

"L'attente est toujours là", tant que les décisions ne se traduisent pas "dans les cours de ferme et dans les portefeuilles", a déclaré Thierry Coué, secrétaire général adjoint de la FNSEA et éleveur dans le Morbihan.

Certaines doléances restent aussi insatisfaites.

Lucie Delbarre, présidente de la FDSEA du Pas-de-Calais et cultivatrice de betteraves et pommes de terres, a ainsi profité de son passage à la tribune pour demander au gouvernement des dérogations sur certains pesticides afin de protéger endives, chicorée et plants de pommes de terre.

Elle a aussi plaidé pour "un fonctionnement plus simple" des institutions afin d'éviter un millefeuille administratif pour les agriculteurs et demandé à pouvoir stocker plus facilement l'eau tombé "en excès" dans la région cet hiver, en prévision des sécheresses.

- "Ecologistes de bon sens" -

Ils s'exprimaient devant un parterre de responsables locaux, d'eurodéputés et d'adhérents du syndicat majoritaire qui avaient pour l'occasion revêtu des tee-shirts floqués des logos FNSEA et Jeunes Agriculteurs.

Y figurent aussi les message "Fiers de vous nourrir" et "On marche sur la tête" sous la forme d'un panneau d'entrée de ville retourné, devenu le symbole du mouvement parti à l'automne du sud-ouest de la France.

"Jamais les Français n'avaient montré autant de soutien au monde agricole", s'est félicité Arnaud Rousseau. Et dans la foulée, "les lignes ont bougé, notamment en Europe".

"Nous ne sommes pas dupes à la veille des élections et des échéances électorales", a-t-il ajouté. "Mais qu'importe, nous avons remis les pendules à l'heure!"

Le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau lors du lancement de la campagne de Renaissance pour les élections européennes, à Lille le 9 mars 2024

Le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau lors du lancement de la campagne de Renaissance pour les élections européennes, à Lille le 9 mars 2024

Sameer Al-Doumy - AFP

Dans un discours offensif, ponctué d'applaudissements, le président LR de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand a qualifié les agriculteurs d'"écologistes de bon sens" et affiché sa proximité avec les combats de la FNSEA.

"Il vaut mieux avoir des interlocuteurs solides" plutôt que d'"avoir à discuter avec des coordinations qui n'en sont pas et à discuter avec les plus contestataires et les plus radicaux", a-t-il déclaré, semblant ainsi viser la Coordination rurale, deuxième syndicat représentatif, qui ne cesse de dénoncer la "cogestion" de la politique agricole entre la FNSEA et l'exécutif.

- "Paix agricole" -

Le gouvernement a déjà répondu à de nombreuses revendications après les actions virulentes menées par des agriculteurs à partir de la mi-janvier, de la suspension du plan visant à réduire les pesticides à des aides d'urgence à l'élevage et à l'agriculture bio en passant par la limitation des recours contre les réserves d'eau géantes pour l'irrigation - surnommées "mégabassines" par leurs détracteurs.

Les nombreuses concessions accordées par le gouvernement français, mais aussi par l'Union européenne, consternent les associations de protection de la nature.

"La France achète sa paix agricole en sacrifiant l'environnement", a ainsi estimé Agir pour l'environnement mardi après l'approbation par les Etats membres d'une révision de la Politique agricole commune (PAC) détricotant les règles environnementales sur les jachères obligatoires, les haies ou les contrôles sur les exploitations.

Le "télescopage" de cette décision et du congrès de la FNSEA est "un aveu de complaisance envers l'aile la plus cynique et affairiste de la profession agricole", a affirmé l'organisation dans un communiqué.

Par Myriam LEMETAYER, Juliette MICHEL / Dunkerque (AFP) / © 2024 AFP

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