Élisabeth Lévy - Pourquoi il ne faut pas dissoudre l'UNEF

Après les aveux de Mélanie Luce face à Sonia Mabrouk qui reconnaissait organiser des réunions pour racisés - autrement dit excluant les personnes blanches, les politiques et internautes sombrent dans le piège de la demande de dissolution. Seulement, aussi nauséabondes soient certaines opinions, la liberté, c'est d'en débattre et de les combattre avec les idées.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

La polémique du moment est une nouvelle idée de dissolution, après le CCIF et Génération Identitaire, c’est l’UNEF qui risque de passer à la casserole...

Il y a un préalable à ma réflexion : ce syndicat étudiant est intellectuellement indigent et politiquement dangereux. Un haut-lieu de propagation du catéchisme victimo-différentialisme, la « culture » woke - si tant est qu’on puisse parler de « culture ». De la défense du voile à la chasse aux sorcières islamophobes en passant par le soutien tacite à des opérations d’intimidation : dans les universités, cette association contribue activement à l’islamo-gauchisme d’atmosphère pour paraphraser Gilles Kepel et son « djihadisme d’atmosphère ».

Des réunions fermées aux Blancs, l’atmosphère est pesante…

Déplorable même, cependant je m’étonne qu’on s’étonne. C’est parfaitement cohérent avec les thèses décoloniales qui divisent le monde entre racistes et racisées, oppresseurs et opprimés, bourreaux et victimes. Et avec celui de ces féministes qui voient en tout homme un violeur. Dans L’Express, on apprend aussi que Sud-Éducation organise des ateliers en « non-mixité raciale » intitulés « Décoloniser les savoirs scolaires », « Enseigner l'ethno-mathématiques ».  La convergence des luttes sépare à tout-va.

Indignation générale sauf à l’extrême gauche même si quelques vieux de la vieille, biberonnés à la lutte des classes, n’aiment pas l’obsession de la race. Blanquer parle de « dérive fasciste ». La droite s’emballe alors : si on interdit Génération Identitaire, il faudrait interdire l’UNEF. L’ennui, c’est qu’on a interdit GI parce qu’on avait interdit le CCIF. Ce cycle sans fin de l’interdit finira par nous faire basculer dans la vraie servitude. 

Suis-je pour autant d’accord avec Jean-Luc Mélenchon ?

Lequel a signé une tribune dans Le Monde avec le gotha de la gauche insoumise et para-insoumise, plus les innombrables anciens du syndicat. Je suis bien d’accord avec le titre : « Non à la dissolution de l’UNEF ! ». Mais seraient plus crédibles s’ils défendaient la liberté de leurs contradicteurs. Or, au contraire, ils réclament qu’on les fasse taire. 

Quelle pulsion de censure généralisée ! Tout le monde veut libérer la parole de ses amis et museler celle de ses adversaires. Si on ne défend pas la liberté de ceux dont on ne partage pas les idées, la liberté n’a pas de sens. 

Donc on laisse l’UNEF faire n’importe quoi ? 

Si on y tient, on demande à la justice de faire cesser ce trouble à l’ordre public mais la volonté d’interdire relève de la pensée magique : face aux thèses déplaisantes ou choquantes, on devrait argumenter, raisonner et que le meilleur gagne la guerre des idées. Au lieu de quoi on trépigne, on appelle Maman-la-justice ou Papa-l'État pour qu’ils annulent ceux qui nous scandalisent. La censure, c’est l’arme des faibles d’esprit.