Élisabeth Lévy - Manifestations : "c’est le droit du plus braillard qui prime sur tous les autres"

Suite aux violences - encore une fois - lors des manifestations ce week-end, se pose clairement la question d'interdire les manifestations susceptibles de dégénérer. Et de faire appliquer ces interdictions qui existent déjà dans certains cas. Car la frontière entre manifestants et casseurs et souvent ténue...

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La multiplication des manifestations amène son lot de questions...

La protestation contre la loi Sécurité Globale a relancé ce qui devient une tradition française : le défilé hebdomadaire à revendications multiples. Ce samedi, il y a eu 90 défilés en France. À Toulouse, sept manifestations étaient prévues dont trois seulement étaient autorisées. 

Seulement, une autre tradition s’est tout aussi bien installée : les vitrines brisées, le mobilier urbain dévasté, les voitures brûlées. Et surtout, les policiers blessés. En somme, un déchaînement de violence contre les prétendues violences policières. On peut donc questionner la légitimité de manifestations qui transforment régulièrement nos villes en champs de batailles. 

Certes, on ne peut pas punir les manifestants pacifiques pour les violences des autres. Mais...

Oui, les manifestants ne sont pas tous des casseurs. Sauf qu’il n’y a pas de frontière étanche entre les uns et les autres. Pendant les Gilets jaunes, de braves pères de famille se retrouvaient à balancer des pavés sur les flics. De plus, si la police s’avisait d’employer la force contre les vandales, au risque d’en blesser certains, les manifestants pacifiques filmeraient et hurleraient aux violences policières. 

Le droit de manifester est-il un droit fondamental ?

Sans doute, même s’il n’est pas inscrit dans la Constitution mais indirectement dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen. Mais un droit fondamental n’est pas un droit absolu. Il incombe au pouvoir d’arbitrer entre des libertés qui s’opposent les unes aux autres. Le droit de manifester ne saurait abolir le droit de commercer, de se promener, de ne pas avoir sa voiture brûlée ou son magasin détruit. De rentrer chez soi entier pour les policiers. Or, aujourd’hui, on sacralise le premier et on sacrifie les autres. Des millions de gens voient leurs libertés entravées pour faire respecter celles de 100.000 manifestants.

Mais que faire ? 

D’abord on peut interdire des manifestations ou des parcours. Ce qui arrive souvent. À Montpellier ce samedi, il y avait interdiction d’accès à l’hypercentre. Le problème étant que le gouvernement n’ose pas faire respecter ces interdictions. Souvenez-vous de la manifestation du comité Traoré devant le Palais de Justice le 2 juin.

Très souvent, le tribunal administratif invalide l’interdiction jugée disproportionnée. Finalement, au nom de la démocratie, c’est le droit du plus fort ou du plus braillard qui prime sur tous les autres. Il y a pourtant un excellent moyen de protester sans pourrir la vie de ses concitoyens : ça s’appelle le droit de vote.