Elisabeth Lévy - Loto du patrimoine, Bern berné: "laissez-lui sa goutte d'eau !"

Chronique

Le regard libre d'Élisabeth Lévy

 

Stéphane Bern n’est pas content

Le président de la République a-t-il réussi à réconcilier contre lui la France des aristos et celle des prolos ? Alors que le peuple gronde contre le château, Stéphane Bern a annoncé hier qu’il entrait en résistance contre les petits comptables du gouvernement. Pourtant, l’ami des têtes couronnées est aussi celui du couple présidentiel. C’est lui qui a convaincu le président de la République de créer un Loto du patrimoine pour sauver quelques uns de nos innombrables chefs d’œuvre en péril.

Eh bien ce loto existe. Pourquoi Bern est-il en colère ?

L'an dernier, il a généré 200 millions d’euros de recettes, 22 millions sont allés à la Fondation du patrimoine / 14 millions à l’Etat. En novembre, le Sénat a voté une exonération de ces taxes. Mais, comme disait Coluche: quand on plante des fonctionnaires, il pousse des impôts. Rien n’échappe aux aigles de Bercy qui ont fondu sur ce tout petit magot (budget de la France, 400 milliards d’euros, quand là on parle de 14 millions !). Les députés LREM ont voté lundi la levée de l’exonération. Une bêtise déconcertante selon Bern. « Sans doute n’ont-ils pas de monument en péril à sauver dans leur circonscription!”. 

Peut-être que Bern n’a pas de budget à équilibrer.

C’est à peu près ce qu’a dit Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’Etat aux économies de bout de chandelle. L’Etat doit récupérer au moins la partie de cette somme affectée à des missions d’intérêt général le financement du sport et de la sécurité sociale. Un aveu : le patrimoine ne relève pas de l’intérêt général mais d’une lubie de privilégiés. Puisque les chiffres semblent être le seul langage que comprennent nos élus, Bern souligne que le secteur concerne “500.000 salariés non délocalisables et attire 90 millions de visiteurs”.  Pour financer la sécu il y a déjà la CSG.

Quand beaucoup de gens s’inquiètent pour la fin du mois, les vieilles pierres sont-elles une priorité ?

L'homme même pauvre ne se nourrit pas que de pain. Patrimoine, c’est l’expression physique, concrète de la nation. C’est le roman national inscrit dans nos villes et nos villages. Comme le dit Stéphane Bern, « c’est l’Histoire de France, c’est notre identité. Il vaut mieux que vos taxes mesquines de petits comptables.» Et toc. Macron pense peut-être que ces vieilles pierres sont un problème de riches, mais Français y sont très attachés. Ne pas comprendre ce sentiment populaire, c’est un signe de surdité politique. De plus, L’Etat est déjà incapable d’entretenir les joyaux de la couronne comme Notre-Dame ou Versailles, des milliers d’églises et de bâtiments qui ont traversé les siècles jusqu'à nous sont en ruine. Alors qu’on laisse sa goutte d’eau à Bern !