Élisabeth Lévy : "Les enseignants ne sont plus soutenus par leur hiérarchie"

Éducation nationale : pourquoi y a-t-il une pénurie d'enseignants ?

Avec l'ensemble des écoles fermées, enseignants et élèves doivent travailler via Internet, à distance. (Nicolas Tucat / AFP)

Éducation nationale : pourquoi y a-t-il une pénurie d'enseignants ?

Le speed dating à Versailles pour recruter des enseignants est un symptôme parmi d’autres d’une crise du recrutement. Une lettre des syndicats a été écrite à Elisabeth Borne : « La situation pour la prochaine rentrée est inquiétante. Des personnels vont manquer pour la rentrée 2022 »

Aux concours, le nombre de candidats admissibles est parfois inférieur au nombre de postes. Au Capes de maths : 816 admissibles pour 1.035 postes ; Lettres classiques: 60 pour 134 poste ; lettres modernes, 720 pour 755 postes. C'est en encore plus criant en primaire. À Versailles et Créteil, il y a deux fois moins d’admissibles que de postes. Le résultat et les parents le connaissent bien : il y a de plus en plus de contractuels, de plus en plus de profs absents non remplacés. Et il y a baisse du niveau. Non seulement, les professeurs sont moins bons dans leur discipline, mais beaucoup n’ont aucune formation pour enseigner. 

Comment cela s’explique-t-il ? 

Beaucoup de syndicats diront qu'il y a une baisse des rémunérations. Bien sûr ça joue. Il y a aussi les conditions d’exercice : la violence et des parents récriminateurs. Mais ce n'est pas le seul métier mal payé.

Il y a deux problèmes, d'abord l’autorité. Les enseignants ne sont plus soutenus par leur hiérarchie. Quand il y a conflit, l’institution joue au mieux les médiateurs. Il tente d’arranger les choses. 

Le problème est aussi la perte de sens du métier. Le rôle des profs est de transmettre un savoir, introduire les enfants à un monde qui les a précédés. Charles Péguy disait :" Qu’ils ne cherchent point à leur tour à expliquer, à inventer, à exercer un gouvernement spirituel et un gouvernement temporel des esprits. C’est à ce jeu que les curés ont perdu la France"

Or, on demande aujourd'hui aux profs d’être des agents du progressisme. D’accompagner les élèves transgenres, de les sensibiliser à l’écologie, voire de pousser leurs parents à manifester contre le fascisme, de les éduquer à l’égalité, à la laïcité. De résorber les inégalités. Bref, de former des citoyens. On appelle ça « les missions liées à l’enseignement ». Au lieu d’être les gardiens d’un sanctuaire protégé des bruits du monde, on leur demande d’être les porte-parole du monde. Et voilà pourquoi votre école est muette.