"Ehpad prisons", "mesures carcérales" : "Nos parents ne sont pas de sous-citoyens !"

Alors que le protocole sanitaire des Ehpad s’allège dans deux jours, les familles de résidents d’Ehpad racontent l’enfer des derniers mois. Annette Debeda, membre du collectif Cercle des proches aidants en Ehpad, était interviewée dans "le coup de fil du matin" sur Sud Radio le 17 mai. "Le coup de fil du matin" est diffusé tous les jours à 7h12 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

"Un parloir comme en prison"

Le confinement a été extrêmement difficile pour les résidents en Ehpad et leurs familles. Un nouveau protocole devrait être mis en place à compter de ce mercredi 19 mai 2021. Va-t-il enfin simplifier les choses ? "Le seul problème de ce protocole est que, comme les précédents, il s’agit d’un protocole de recommandations, souligne Annette Debeda, membre du collectif Cercle des proches aidants en Ehpad. En fait, les directeurs et les directrices continueront de faire exactement ce qu’ils faisaient depuis des mois, c’est-à-dire essayer de maintenir des mesures carcérales dans les Ehpad."

"Beaucoup de directeurs et directions ont joué le jeu de l’assouplissement car ils ont compris qu’on ne pouvait pas garder des gens enfermés et isolés. Mais un certain nombre, que le ministre évalue à 700 continue", explique-t-elle. Qu’entend-on par mesures carcérales ? "C’est prendre rendez-vous pour voir son père ou sa mère, son oncle ou sa tante, avoir un rendez-vous d’une demi-heure, 45 minutes quand on a beaucoup de chances. Les rendez-vous ont lieu dans un parloir. Ce parloir est souvent doté d’un Plexiglas, comme en prison."

"700 Ehpad et 70.000 résidents"

"C’est ce qui se passe dans une prison, pas dans un lieu de vie, estime Annette Debeda. Les visites en chambre dans ces Ehpad que l’on appelle des Ehpad prisons sont réservées aux personnes en fin de vie, ce qui est malheureusement le cas de mon père. Mais pour les autres résidents, les rendez-vous sont toujours en parloir. Chaque directeur fait ce qu’il veut. 10% des Ehpad, cela fait 700 Ehpad, 70.000 résidents et beaucoup de familles désespérées et désemparées."

Les raisons données sont encore et toujours la protection des résidents. "Le virus est là, il va falloir vivre avec, insiste Annette Debeda. Nos parents en Ehpad sont des citoyens comme tout le monde, ce ne sont pas de sous-citoyens. Il ne leur reste que quelques mois, quelques années à vivre. On ne peut pas imaginer, s’il reste deux ans à vivre à nos parents, de les voir pendant deux ans dans un parloir. Nous voulons qu’il n’y ait plus de régime d’exception dans les Ehpad, voir nos parents sans rendez-vous, évidemment en laissant nos coordonnées comme dans les restaurants pour éviter les clusters. La plupart des visiteurs et des parents en Ehpad sont vaccinés. À un moment, il va falloir que la vie normale reprenne."

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