Crise dans les hôpitaux psychiatriques - "On se dit qu'un jour, il y aura quelque chose de beaucoup plus grave"

Alors qu'une patiente a mis le feu à sa chambre ce week-end, blessant là quatre salariés de l'hôpital Édouard Toulouse à Marseille, des infirmiers et syndicalistes s'indignent du manque de moyens, responsable en grande partie de la tension actuelle. Des chambres d'isolement ferment également, laissant dans la nature des patients potentiellement dangereux pour eux et les populations alentours.

Les portes de l'hôpital Édouard Toulouse à Marseille pourraient bientôt s'ouvrir dans le sens de la sortie pour certains patients dont l'isolement ne sera plus possible, faute de moyens. (Photo de MICHEL GANGNE / AFP)

Propos recueillis par Lionel Maillet à Marseille, mis en forme par Augustin Moriaux.

Le personnel de l’hôpital Édouard Toulouse à Marseille tire la sonnette d'alarme. Pour cause, ces dernières semaines, les incidents se multiplient dans cet établissement psychiatrique, entre agressions et intrusions. Ce week-end, une patiente a mis le feu à sa chambre, quatre salariés ont été blessés. Charles-Henri Langlet, infirmier et syndiqué chez Force Ouvrière alerte sur le manque de personnel, les fermetures de lits et les chambres d’isolement qui manquent. Autant d'éléments qui accumulent une certaine tension, potentiellement fatale.

"On se dit souvent qu'on a de la chance. Qu'encore une fois, on a eu de la chance. Parce qu'avec tout ce qui se passe, les coups de couteau, les incendies, les menaces de mort, on se dit qu'un jour, il y aura sûrement quelque chose de beaucoup plus grave. À côté, une trentaine de lits seront fermés sur notre seul hôpital, deux chambres d'isolement également. Des patients qui nécessiteraient l'isolement ne le pourront pas, par manque de place. Ou alors on va anticiper et faire sortir des patients qui sont en chambre d'isolement pour dégager des places. Seulement, ceux-ci ne sont pas aptes à sortir et peuvent être dangereux pour eux-mêmes comme pour les autres." déplore C-H Langlet, infirmier de l'hôpital Édouard Toulouse à Marseille.

 

Des patients en liberté qui, pour certains, ne se rendent pas aux rendez-vous fixés par les médecins

Toute cette ambiance négative, au-delà du manque de financement, rend le métier de plus en plus repoussoir. Ce qui fera encore du personnel en moins dans un établissement qui en manque déjà cruellement. Même constat en ce qui concerne les places pour accueillir les patients. Pour corroborer les propos alarmistes ci-dessus, Kader Benayed, le secrétaire général du syndicat Sud, parle même de laisser des déséquilibrés dehors.

"Des gens qui sont potentiellement dangereux à la fois pour eux et pour la population sont laissés à l'extérieur de l'établissement. Parce qu'en fermant des lits, il faut savoir qu'on doit prioriser : aujourd'hui, il s'agit de faire sortir les "moins pires". Seulement, ceux-ci ne sont pas stabilisés. Des médecins nous disent qu'ils vont les suivre en ambulatoire, c'est-à-dire les suivre à l'extérieur de l'hôpital. Mais il faut savoir que des patients peuvent ne pas se rendre au rendez-vous que le médecin leur a donné." explique avec gravité, Kader Benayed, secrétaure général du syndicat Sud.