Sous-effectif, blouses et gants stériles rationnés: le quotidien d'un petit hôpital face à la deuxième vague

Il n’y a pas que les gros hôpitaux qui sont en souffrance. Alors que les soignants se mobilisent pour une grande journée d’action et de grève nationale, gros plan sur une plus petite structure: l’hôpital d’Aubagne prés de Marseille. Il n’échappe pas à la deuxième vague, et là aussi il faut faire avec le manque de personnel et de moyens.

Une infirmière prépare un patient infecté par le covid-19 aux soins intensifs, dans le CHU de Nantes. Photo d'illustration. (Loic VENANCE / AFP)
 Reportage Sud Radio de Lionel Maillet

 

Faute de personnel, impossible de faire tourner l’unité covid à plein régime. Huit lits restent vides alors que l’hôpital d’Aubagne est obligé de refuser des malades, explique Christelle Migliaccio, la secrétaire de la CFD:

"Autant, on trouvait pendant la première vague des gens qui venaient, spontanément ou par les boites d'intérim... Mais maintenant, c'est fini: on n'a plus notre bas de laine de gens qui pourraient venir nous aider. On ne peut plus aller plus loin, et en plus de ça on laisse des gens sur le carreau, on laisse des patients sur le carreau, et du personnel sur le carreau !" - Christelle Migliaccio

 

Manque d'attractivité

L’hôpital public qui, du coup, s’appuie de plus en plus sur les cliniques pour absorber le trop plein de patients. Infirmière en fin de carrière Fatima Bensemain comprend facilement pourquoi son métier n’attire plus grand monde:

"Prendre le risque de travailler dans un hôpital, s'infecter au covid avec des séquelles pour 1500 euros, c'est sous-payé... Ça n'est pas attractif !"

 

Manque de matériel... Et risque pénal des infirmières !

Chaque jour, il faut aussi composer avec une absentéisme grandissant, et le manque de matériel, comme le déplore ce préparateur en pharmacie:

"On a des ruptures de gants stériles. On essaye de se dépatouiller, mais on est obligés de limiter l'utilisation de gants, de blouses, les choses comme ça... Ça devient vraiment du flicage, pratiquement"

 

L’hôpital d’Aubagne qui n’échappe pas à la deuxième vague: toute la réanimation est pleine. La moitié des malades y sont atteints du covid.

 

Les blouses blanches dans la rue

Des manifestations sont prévues un peu partout en France pour la journée de mobilisation et de grève des soignants. Des personnels en sous-effectif, qui réclament des hausses de salaires et des embauches immédiates. Au Printemps dernier, de nombreuses infirmières s’étaient portées volontaire pour faire face à la première vague. Sept mois plus tard, l’hôpital public a de grosses difficultés à recruter. Et ca rien d’étonnant pour Fatima Bensemain du syndicat Sud Solidaires à l’hôpital d’Aubagne:

"Vous iriez risquer votre vie pour 1500 euros par mois? C'est la seule fonction, infirmière, où on a droit à trois tribunaux en cas d'erreur: administratif, pénal et correctionnel. Pour 1500 euros, c'est pas attractif, il faut changer les règles du jeu si on veut que les jeunes rentrent à l'hôpital" - Fatima Bensemain, Sud solidaires