Contrôle des chômeurs : "On monte les gens contre les autres de façon un peu perverse"

Reportage Sud Radio. Alors que le gouvernement a présenté lundi ses arbitrages sur l’assurance-chômage, le contrôle renforcé des chômeurs et la hausse des sanctions contre les demandeurs d’emplois pas assez actifs consterne les principaux intéressés.

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Marie, documentaliste, a 35 ans et est au chômage depuis 2013. Enchaînant contrats aidés et CDD, elle a accueilli avec résignation et inquiétude les annonces du gouvernement ce lundi sur le renforcement du contrôle des chômeurs et des sanctions contre ceux jugés trop inactifs. Des annonces difficiles à entendre pour elle, qui assure avoir l’impression d’entre toujours la même chanson.

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""Le chômeur est juste là pour toucher des droits et ne recherche pas de travail !". "Ils ne s’embêtent pas, ils touchent des droits qui viennent de notre argent !"... C’est sûr que ça donne une image très négative", déplore-t-elle avant de refuser de mettre la responsabilité du taux de chômage sur le dos des chômeurs. "On nous propose des offres qui n’ont rien à voir du tout avec nos compétences et on serait obligés d’accepter ? Je trouve ça dur de forcer les gens à prendre un travail qui ne leur correspond pas forcément", déclare-t-elle.

Surtout, l’annonce de nouvelles sanctions plus dures en cas de manquements aux "devoirs" des chômeurs a du mal à passer. "Pour les gens qui sont en difficulté sociale, qui ont beaucoup de mal et qui ne parlent déjà pas bien français, ce doit être très difficile de comprendre toutes ces nouvelles démarches pour pouvoir toucher leurs droits. Ils vont être dans des situations encore plus précaires...", s’inquiète-t-elle.

"Il faut de l’humain, il faut renforcer l’accompagnement"

Pour Claire Pauchet, porte-parole du Mouvement National des Chômeurs et Précaires (MNCP), la réforme du gouvernement ne va clairement pas dans le bon sens. "Il faut que les chômeurs soient accompagnés. Si on contrôle les gens et qu’on les radie (les privant de leurs indemnités), ils vont non seulement être dans la solitude du chômeur en recherche d’emploi, mais en plus on augmente la précarité. En fait, ça revient à monter les gens les uns contre les autres de façon un peu perverse. Il faut de l’humain, il faut recruter des gens et ne pas être dans la dématérialisation car ça isole encore plus les demandeurs d’emploi. La fracture numérique existe, il faut donc recréer du lien avec les gens et renforcer l’accompagnement", plaide-t-elle.

Dans tous les cas, ces mesures radicales viennent se greffer à un phénomène relativement marginal : les fraudeurs présumés ne représenteraient que... 0,4% du nombre total de demandeurs d’emploi.

Un reportage de Capucine Bouillot