Le mercredi 22 février 2023, devant le lycée Saint-Thomas d’Aquin de Saint-Jean de Luz, un peu avant, la foule s’agite. Les élèves se dirigent vers la sortie. L’adolescent de 16 ans, prévenu dans cette affaire, vient de poignarder mortellement Agnès Lassalle, sa professeure d’espagnole.
Âgé de 53 ans, l’enseignante, a été tuée à l’aide d’une lame de 18 centimètres, devant son tableau. Agnès Lassalle s’effondre au sol et Antoine (son prénom a été modifié) rejoint une autre salle de classe, adjacente. Il trouve un professeur de mathématiques, à qui il confesse « J’ai ruiné ma vie, c’est fini ». L’enseignant lui fait lâcher son couteau au sol et l’enlace alors qu’il s’effondre en larmes.

Le discernement de l'accusé au cœur des débats
Antoine est-il responsable de ces actes ? A-t-il agi en âme et conscience ce matin-là ? Un peu plus de trois ans après les faits, la Cours d’assises des mineurs des Pyrénées-Atlantiques tentera de déterminer la responsabilité pénale du prévenu. Le procès se tiendra à huis-clos. « Le discernement de l’accusé sera au cœur des débats », estime Maître Thierry Sagardoytho, avocat de l’accusé. Pendant la garde à vue, qui a suivi l’acte, le jeune homme a présenté un profil psychologique fragile.
"Une petite voix qui lui parle"
Antoine avait alors évoqué « une petite voix qui lui parle, un être manipulateur, qui l’incite à faire le mal et qui lui aurait suggéré, la veille, de commettre un assassinat », rapporte le parquet. Pendant l’information judiciaire, trois expertises avaient été requises. Parmi elles, deux ont tranché dans le sens d’une responsabilité pénale du jeune homme tandis que la dernière allait dans le sens d’une abolition du discernement.
Il était suivi pour des troubles psychologiques et avait tenté de mettre fin à ses jours en octobre 2022. De plus, l'adolescent était victime de harcèlement dans son précédent établissement scolaire. L’avocat de la défense s’est interrogé sur la prise en charge de cet adolescent avant le drame. Des précautions qui auraient pu éviter un tel accident.
"Une page à tourner"
Le 3 mars 2023, à l’occasion des obsèques d’Agnès Lassalle, la France entière avait découvert un personnage, Stéphane Voirin. Compagnon d’alors Agnès Lassalle, le veuf s’était mis à danser, seul, devant le cercueil de la défunte. Trois ans plus tard, Stéphane Voirin s’est installé sur les bancs de la Cour d’Assises. Ce dernier espère avant tout que justice soit rendue. Dans un entretien à France Inter ce lundi, il a confié souhaiter passer à autre chose, tourner la page. « Ce que j'attends de ce procès, c'est de pouvoir dire les choses, une sorte d'exutoire. Et pouvoir après passer vraiment à autre chose. Oui, j'essaye de vivre, c'est ce qu'on s'était dit et ce que j'aurais voulu qu'elle fasse », confiait le compagnon d’Agnès Lassalle.
https://x.com/SudRadio/status/2046508049204941178?s=20
Depuis une quarantaine d'années, l'AFP a recensé une dizaine de meurtres de professeurs dans le cadre de leur fonction. Mais « la bêtise d’un seul ne doit pas occulter l’intelligence, la raison du plus grand nombre d’entre vous », assurait Stéphane Voirin un an après la mort de la professeure. Ce dernier regrette la tenue de ce procès à huis-clos. La médiatisation de cette affaire aurait eu des vertus pédagogiques importantes pour tous.
Quelle conséquence sur les politiques publiques ?
En marge de l'ouverture du procès, le ministre de l’Éducation assure poursuivre sa lutte contre les violences en milieu scolaire. Invité de l’émission « Les 4 vérités » sur France TV, Édouard Geffray affirme avoir fourni au personnel éducatif un guide pour « détecter le comportement des enfants, qui laissent penser qu'il y a un problème », ce qui n’existait toujours pas.
Le ministre de l’Éducation assure qu’il faut travailler au sein des écoles, au plus proches des enfants, « il faut éduquer les élèves er les enfants. Ce n'est pas évident. Il faut leur apprendre à dire quand il y a des choses qui ne vont pas », assurait le fonctionnaire, en poste depuis le 12 octobre 2025.
Ce dernier évoque également 20.500 opérations de contrôle en un an aux abords des établissements pour détecter les armes blanches, déclarant dans le même temps que « tout l'enjeu pour nous, c'est de multiplier les contrôles et puis bien sûr de travailler aussi sur l'éducation ».