Alexandre Langlois sur le malaise dans la police : "On est dirigé par des gens qui nous font faire n'importe quoi"

Alexandre Langlois, secrétaire général du syndicat Vigi Police, Franck Baudry, président de l'association Alerte police en souffrance et Gilles Sacaze, ancien agent de la DGSE, la Direction générale de la Sécurité intérieure, président de Gallice Group étaient les invités d’André Bercoff, vendredi 17 janvier sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états". Une émission spéciale consacrée au malaise dans la police.

Alexandre Langlois invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

L'année 2020 semble commencer comme 2019 s'est finie. Des tensions, des polémiques mais aussi des accusations de bavures qui ternissent l'image des forces de l'ordre et attisent la haine entre une partie de la population et les forces de l'ordre. Résultat, déjà 3 suicides dans la profession depuis le 1er janvier 2020.

 

De la fatigue au ras le bol

Le malaise semble implacable parmi les fonctionnaires de police "engagés depuis de très longues années sur des faits de terrorisme et ensuite sur des manifestations de Gilets jaunes", déplore Franck Baudry. "Nous avons chez les CRS et dans d'autres directions actives, des collègues qui emmagasinent un nombre incalculable d'heures supplémentaires sans pouvoir prétendre un jour les récupérer", ajoute-t-il en précisant qu'on "ne rémunère pas de la même manière une heure supplémentaire derrière un guichet et une heure supplémentaire dans la rue à faire du maintien de l'ordre".

Face à l'épuisement de ses troupes, la police voit également émerger "une haine qui est née dans la population dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes vis-à-vis des policiers qui a pu induire un certain moment un certain ras le bol parmi les collègues, surtout quand ils ont en face d'eux des personnes qui leur crient 'suicidez-vous !'". Mais le président de l'association Alerte police en souffrance ne veut "surtout pas parler de bavure surtout quand on sait que la majorité des procédures sont encore en cours d'instruction, j'attends les réponses judiciaires", insiste t-il.

Un chef de la police décrié

Franck Baudry décèle "un syndrome Malik Oussekine", du nom d'un jeune étudiant décédé lors d'une intervention des voltigeurs, une branche de la police à moto en 1986. Un souvenir macabre dans l'histoire de la police. "Il y a eu des réponses politiques derrière, les voltigeurs ont été dissous par Charles Pasqua", ajoute Alexandre Langlois qui met en avant la prise de responsabilité du Premier ministre de l'époque. "Aujourd'hui, nous avons Christophe Castaner qui malgré cette expérience, 30 ans plus tard, remet des simili de voltigeurs, nous épuisent régulièrement au travail, équipe les policiers du matériel que l'on peut voir", déplore-t-il. "On est dirigé par des gens qui nous font faire n'importe quoi", dénonce le secrétaire général du syndicat Vigi Police.

L'auteur du livre L'ennemi de l'intérieur rappelle le rôle premier des policiers affectés au maintien de l'ordre : "Nous sommes là pour interpeller les personnes qui commettent des crimes et des délits dans les manifestations pour les présenter à la justice". Il critique les techniques d'interventions utilisées aujourd'hui, notamment contre les Gilets jaunes. "Nasser une place d'un point de vue maintien de l'ordre c'est complètement nul parce que les gens s'échauffent et ne peuvent pas sortir, par contre interpeller quelqu'un dans une opération judiciaire ça aurait été bien", estime-t-il. Et la réponse du premier policier de France semble tarder à venir, "on a un discours lunaire de Castaner lors des vœux de la police nationale, il faudrait déjà remettre de l'ordre à la tête de la police nationale. L'exemplarité doit commencer par nos chefs", lance Alexandre Langlois, pour qui le souvenir de Christophe Castaner en boîte de nuit alors que les policiers étaient confrontés aux violences dans Paris est ineffaçable.

Vers une situation "quasi insurrectionnelle" ?

Pour Gilles Sacaze, la situation est "inquiétante". "J'ai pu observer des situations dans des pays en crise et je vois aujourd'hui s'aligner en France des jalons que je n'imaginais pas possible il y a dix ou quinze ans en arrière", note l'ancien agent de la DGSE. "Pourquoi on en arrive à ça ?", s'interroge-t-il. "D'une façon générale la mission est difficile, et là, nos policiers font face au front du terrorisme, au front social qui est assez atypique et qui s'est transformé en crise de régence, et font face à une montée globale de la violence dans la société", s'inquiète le président de Gallice. "Les policiers sont en première ligne", rappelle-t-il, tout en soulignant que "cette haine du policier est due au fait qu'il est le dernier rempart du politique, de l'élite, du gouvernant et de l'institution". Pour Gilles Sacaze, "la haine est surtout dirigée contre un ras le bol des politiques, mais étant donné que les policiers sont là pour faire écran, ils sont en première ligne". L'ancien agent des services secrets s'inquiète "des scènes quasi insurrectionnelles" pour lesquelles "les policiers ne sont pas formés".

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