Déjà sous tension financière, les structures peinent à absorber ce choc. À la clé : un risque croissant de réduction des interventions, notamment dans les zones rurales.
"Les employeurs peuvent difficilement compenser ce surcoût pour les aides à domicile"
La hausse des prix des carburants met sous pression un secteur essentiel mais fragile : l’aide à domicile. Depuis plusieurs mois, la progression des tarifs à la pompe, accentuée par les tensions géopolitiques, alourdit fortement les coûts de déplacement des intervenants. Or, ces trajets constituent le cœur même de leur activité.
"Pour nous, le déplacement, c'est essentiel. En moyenne, une aide à domicile peut passer 20 à 30% de son temps de travail en déplacement. Donc, la hausse des prix du carburant n'ayant pas pu être compensée, les employeurs, quel que soit leur statut, étant tous contraints par un régime d'encadrement tarifaire et de revalorisation de leur prix, qui a déjà été fait au 1er janvier 2026, à un moment où on pouvait pas forcément anticiper cette hausse du prix du carburant… Donc, les employeurs ont des marges de manoeuvre contraintes, ils font ce qu'ils peuvent, et ils peuvent difficilement compenser ce surcoût pour les aides à domicile", déplore au micro de Sud Radio Nicolas Hurtiger, président du Synerpa Domicile.
"Ce sont des personnes vulnérables qui ne peuvent plus avoir d'aide à domicile"
Dans de nombreux territoires, notamment ruraux, les professionnels enchaînent les kilomètres pour accompagner des personnes âgées ou en situation de handicap. Mais les indemnités kilométriques, souvent calculées sur des niveaux de prix anciens, ne couvrent plus les dépenses réelles. Le gazole dépasse désormais largement les références prises en compte dans les barèmes, creusant un écart difficilement soutenable pour les salariés comme pour les structures.
Résultat : l’équilibre économique des services d’aide à domicile est directement menacé. Le secteur, déjà confronté à des marges faibles, subit de plein fouet cette hausse des coûts. Certaines structures évoquent des tensions de trésorerie croissantes, voire des difficultés à maintenir l’ensemble des tournées. Dans les zones les plus éloignées, où les distances sont importantes, la hausse du carburant peut conduire à réduire les interventions ou à renoncer à certains accompagnements. À terme, c’est la continuité de l’aide à domicile qui est en jeu. "Ce sont des personnes vulnérables, qu'elles soient âgées ou en situation de handicap, qui ne peuvent plus avoir d'aide à domicile", s'inquiète Nicolas Hurtiger au micro de Maxime Lledo dans l'émission "Sud Radio vous explique".
Aides à domicile : les dispositifs existants s'avèrent insuffisants
Face à cette crise, plusieurs pistes sont évoquées, comme la revalorisation des indemnités kilométriques ou la mise en place de soutiens ciblés. Mais à ce stade, les dispositifs existants apparaissent insuffisants pour compenser l’ampleur du choc. "On est évidemment conscients des contraintes qui pèsent sur les finances publiques. Simplement, les dispositifs budgétaires existants sont mal fléchés. En période de crise, il faut être hyper efficace sur l'allocation, le fléchage de la dépense publique. Il y a des dispositifs qu'on a connus en période de Covid - je comprends pas pourquoi on ne les réactive pas. On pourrait imaginer une baisse temporaire de charges patronales. Aujourd'hui, j'ai un cas seulement, celui du département du Finistère. Mais, malheureusement, ce n'est qu'un département qui vient de nous accorder quelques quelques centimes de dotation complémentaire pour compenser. Mais pour les autres, il n'y a rien", fait savoir Nicolas Hurtiger.
"Ce qui est d'autant plus frustrant, c'est que d'autres professions ont été reconnues comme étant essentielles et ont eu droit à certains dispositifs, mais pas les aides à domicile. Le sentiment d'injustice est extrêmement fort. On nous parle de virage domiciliaire, de profession essentielle… Mais bon, ça sert à quoi de le dire si ça ne se traduit pas dans les faits et gestes ?", s'interroge Nicolas Hurtiger au micro de Sud Radio.
Dans un contexte de vieillissement de la population et de maintien à domicile encouragé, la question du financement de ces services devient plus urgente que jamais. Sans réponse rapide, la hausse des carburants pourrait durablement fragiliser tout un pan du secteur social.
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