À 82 ans, ce boucher ne prend jamais de vacances

Claude Antic est le boucher du petit village côtier de l'Aude, la Franqui, et ce depuis 44 ans.

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En France, sur les 18.000 boucheries, près d’un tiers devront trouver un repreneur d’ici dix ans.

Pendant l’été, certains ne prennent pas de vacances. C’est le cas des métiers de bouche, des artisans et des commerçants. Pour ceux qui sont installés dans les zones touristiques, c’est une période à ne pas manquer. Du coup ils deviennent aussi des figures locales. Christine Bouillot a rencontré l’un d’eux. Claude Antic est une sorte d’institution, connu comme le loup blanc par les habitués, mais pas seulement. Il est le boucher du petit village côtier de l'Aude, la Franqui, et ce depuis 44 ans.

 

44 étés sans discontinuer

Quand vous franchissez la porte de la boucherie de Claude Antic, vous ne venez pas simplement chercher un morceau de viande. "Ca fait partie de notre séjour à La Franqui. C’est une personnalité, chaque année, on est content de le retrouver. Cela fait aussi partie de nos vacances." Installé au centre du village, Claude Antic est devenu une institution, aussi connu pour la qualité de sa viande et ses conseils que pour sa gouaille. "Ne jamais piquer et percer, surtout, la saucisse de Toulouse", rappelle-t-il.

À l’âge d’une retraite bien méritée, le boucher va encore rester ouvert tout l’été cette année. Un 44e été de suite, un service qui n’a pas de prix pour les habitués de la petite station balnéaire, comme Catherine : "nous, on vit sur deux régions, dont la région parisienne. C’est tellement anonyme que cela nous fait du bien, d’avoir un échange, sur la voile, la vie de tous les jours. Ca ne gêne pas d’attendre un petit peu." Car Claude aime prendre le temps de servir ses clients. C’est peut-être déconcertant pour certains, mais pas pour ce touriste belge : "il est incroyable. On doit prendre notre temps quand on est ici, mais c’est le show, le spectacle."

Un tiers des boucheries cherchent un repreneur

Sa vie de boucher, Claude Antic l’a débutée dans les années 50, au marché Victor Hugo, à Toulouse. Pour compenser les étés toulousains désertés par les clients, il a migré sur la côte, ouvrant une nouvelle boucherie à quelques mètres du littoral. Depuis, il n’en est jamais parti. Et depuis son commerce, il a vu l’évolution du tourisme en France : "il y a 40 ans, quand on a commencé, les premières années, c’était l’époque du camping. Après c’était l’époque de la caravane. Maintenant, c’est l’époque du camping-car. Il y avait les juillettistes et les aoûtiens. La consommation était différente : juillet était une clientèle familiale ; le mois d’août, la fréquentation était énorme. On n'avait pas de télévision, on n'avait pas de congélateur, ils fréquentaient tous les jours les petites boutiques. La consommation a évolué, et puis nous n’avions pas la pression terrible de la grande distribution."

Claude Antic se définit comme un artisan de la viande, de la qualité, négociant ses pièces avec Rungis, regardant avec calme le mouvement Vegan : "c’est une tendance. En fait, ces gens-là savent-ils ce qu’ils veulent consommer ? Ont-ils vraiment le goût et connaissent-ils vraiment la bonne marchandise ? Ou sont-ils l’objet de l’industrie agro-alimentaire ?" À 82 ans, le boucher de La Franqui ne s’est pas fixé de date pour arrêter de travailler : "trimestre par trimestre, mois par mois, il n’y a que mon physique qui me guidera dans les décisions que je prendrai." Après lui, il sera difficile de garder ce commerce dans le village. En France, sur les 18.000 boucheries recensées par la profession, près d’un tiers devront trouver un repreneur d’ici dix ans.