"Marseille est historiquement le berceau du trafic de drogue en France"

Les fusillades liées au trafic de drogue se multiplient à Marseille. Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation, auteur du livre "Les narcos français brisent l’omerta" (Albin Michel), était interviewé dans "Sud Radio vous explique", tous les jours à 7h145 dans la matinale animée par Cécile de Ménibus et Patrick Roger.

La police sur une scène de crime à Marseille le 5 avril 2018 (Boris Horvat - AFP/Archives).

Frédéric Ploquin : "Il y a eu un passage de relais vers les petites mains des cités"

"Marseille est historiquement le berceau du trafic de drogue en France, rappelle Frédéric Ploquin, journaliste d’investigation. Tout y a été inventé. Il ne faut pas s’étonner que, soixante ans plus tard, cela tourne à plein régime. C’est là où, dans les années 1960, a été créé le trafic d’héroïne. Nous avons en France les pionniers du trafic de stupéfiants mondial. Ils ont créé des routes entre l’Orient et Marseille, des laboratoires, des manières de raffiner. Ils ont ensuite investi dans des plaques de rebond en Amérique du Sud, dans les années 1970, pour atteindre le marché nord-américain."

"Entretemps, les choses ont changé, souligne l’auteur du livre Les narcos français brisent l’omerta (Albin Michel). On pouvait les compter, on avait tous les noms, ils n’étaient pas nombreux. Il y a eu un passage de relais vers les petites mains des cités. Le rapport de force s’est inversé. C’est un peu comme les grandes surfaces : quand vous tenez le lieu de distribution, vous imposez vos règles et vos tarifs. À un moment donné, ces jeunes issus de l’immigration comorienne, marocaine, sénégalaise, plus le milieu manouche, ont vraiment pris la main sur tout le marché de détail, ensuite sur le semi gros. Puis, ils sont allés sur le marché de la cocaïne, le produit qui a le plus cru ces dernières années."

"Il y a deux Marseille, celui des quartiers où l’on deale et celui où l’on consomme"

"Il y a aussi en face de ces structures un marché, rappelle le journaliste d’investigation. Il y a deux Marseille, celui des quartiers où l’on deale et celui où l’on consomme. Il existe quand même un énorme marché de consommateur qui consomme." Mais face à ces organisations, les policiers ont-ils les moyens de lutter ? "Ils ont toujours, c’est bien connu, un train de retard sur le trafic et les trafiquants. Quand les trafiquants ont eu des portables, les policiers ont mis cinq ans à les écouter. Quand ce néo banditisme a surgi sur Marseille, il a fallu dix ans à la Police Judiciaire pour basculer du milieu traditionnel à ces nouvelles cellules, et apprendre à les connaître."

"Cela fait vingt ans que cela dure ; la police et la PJ ont une petite idée de qui trafique quoi, estime Frédéric Ploquin. Mais il y a deux problèmes : la PJ a été déplumée en termes d’effectifs pour faire des enquêtes fouillées. Au niveau du palais de justice, cela ne suit pas non plus. C’est comme à Bobigny, cela ne fonctionne pas, c’est la thrombose. Ils n’arrivent pas à absorber cette masse. La grande victoire des trafiquants de stupéfiants est d’avoir imposé leurs produits massivement. Cette présence massive demande en face des moyens massifs."

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