L'édito politique de Laurent Mauduit - "Notre démocratie est terriblement malade"

Retrouvez l'édito politique de Laurent Mauduit chaque lundi à 7h20 sur sudradio.fr La semaine passée, Emmanuel Macron s’en est pris à ceux pour lesquels le pouvoir en France s’apparente de plus en plus à une dictature. Retrouvez l'édito politique de Laurent Mauduit chaque lundi à 7h20 sur sudradio.fr Convenez Patrick qu’Emmanuel Macron tend à ses […]

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La semaine passée, Emmanuel Macron s’en est pris à ceux pour lesquels le pouvoir en France s’apparente de plus en plus à une dictature. Retrouvez l'édito politique de Laurent Mauduit chaque lundi à 7h20 sur sudradio.fr

Convenez Patrick qu’Emmanuel Macron tend à ses détracteurs un piège qui est tout de même assez grossier . Car s’il pose la question de cette manière biaisée « Sommes nous en dictature ? », c’est qu’il souhaite obtenir une réponse tout aussi biaisée : « Non ! Non ! Nous ne sommes pas du tout en dictature ». De sa part, c’est donc une figure de rhétorique qui lui permet, grâce à l’exagération, de caricaturer ceux qui le critiquent et d’éluder les bonnes questions que sa politique soulève. Et notamment la première d’entre elle : ne sommes-nous pas confrontés à un pouvoir qui devient de plus en plus autoritaire ?

C’est une vieille polémique, qui ne cesse de rebondir depuis les débuts de la Vème République…
Vous avez bien raison de le rappeler, Patrick. C’est vrai que ce débat est récurrent. C’est de Gaulle lui-même qui le lance dès le 15 mai 1958, avec sa formule célèbre : « Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? ». Et après lui, beaucoup ont fait ce procès aux institutions de la Vème de favoriser une forme autoritaire du pouvoir. Beaucoup, à commencer par Mitterrand qui dénonce en 1964 ces institutions au motif qu’elle favorise un « coup d’état permanent ». Ou encore Giscard, qui les critiquent en 1969 en ce qu’elles favorisent « l’exercice solitaire du pouvoir ». Il n’y a donc rien d’exagéré à dire que les institutions française sont le produit d’une culture politique très faiblement démocratique, plutôt d’inspiration néo-monarchique ou néo-bonapartiste. Avec pour principale règles du jeu, celle que vous connaissez : la France est un pays où l’essentiel des pouvoirs sont concentrés à l’Elysée ; et où tous les contre-pouvoirs sont faibles sinon inexistants.

Le débat tourne donc autour des institutions, pas autour de la personnalité d’Emmanuel Macron…
Les deux… Ces institutions sont par nature autoritaires, parce qu’elle confie des pouvoirs exorbitants à un seul homme. Mais si cet homme lui-même a des penchants autoritaires, s’il n’a pas le culte de l’équilibre des pouvoirs et le respect des contrepouvoirs, alors le danger est décuplé. Or, c’est, à mon sens, ce moment préoccupant que nous vivons en France. Avec pour symptômes ceux que l’on constate chaque jour : la volonté d’imposer des réformes brutales, même si le pays n’en veut pas ; le recours sans discernement à la force publique, avec à la clef des morts, des blessés graves, ce que notre pays n’avait pas connu depuis bien longtemps. En résumé, oui, nous ne sommes pas en dictature ; nous sommes toujours en démocratie. Mais notre démocratie est terriblement malade.