Le Sénat vole au soutien des maires - "L'administration parisienne a pondu un grand parapluie pour se protéger !"

Les sénateurs LR veulent saisir le Conseil constitutionnel afin de dédouaner les élus de la pleine responsabilité du déconfinement. Leur chef de file, Bruno Retailleau, clarifie la situation pour Sud Radio. Il faut dire que le sujet est sensible depuis plusieurs jours : les maires ont effectivement peur d'être tenus responsables pénalement en cas de recrudescence de cas, notamment dans les écoles.

Le Sénat tient à jouer son rôle de garant démocratique : Bruno Retailleau monte au front pour défendre les maires. (Photo Lionel Bonaventure / AFP)

Propos recueillis par Marine Vanthournout, écrit par Augustin Moriaux.

 

Hier, 316 maires d'Île-de-France ont relayé leurs inquiétudes dans une lettre envoyée au Président de la République. Ils demandent que soit repoussée la date de réouverture des écoles - prévue le 11 mai - alors que le Sénat examine aujourd'hui le projet de loi visant à prolonger l'état d'urgence sanitaire jusque fin juillet. D'ores et déjà, la chambre haute a annoncé la création d'une commission d’enquête sur la gestion de la crise du coronavirus qui sera lancée d'ici fin juin.

Pour Bruno Retailleau, sénateur de Vendée et président du groupe Les Républicains au Sénat, il ne s'agit pas de faire « le procès de l'Etat » mais de tirer des leçons de cette crise.

"Le régime des responsabilités des maires doit être éclairé et on doit leur garantir qu'en aucun cas ils ne pourraient être poursuivis car ils feront ce que l'Etat leur demande. Nous voulons voter un amendement, simplement pour clarifier les choses, pour que les règles soient connues avant qu'on ait un problème" tient à expliquer Bruno Retailleau.

 

En début de soirée hier, l'Elysée a voulu rassurer les élus, réitérant que la reprise se fera progressivement, au cas par cas et en accord avec les préfets et les maires. Pas sûr que cela suffise. Car cet échec est aussi celui de la grande bureaucratie centralisée, selon Bruno Retailleau.

 

Et le sénateur de Vendée de poursuivre : "L'administration parisienne a pondu une directive de 63 pages que les maires de très grandes villes pourront peut-être appliquer mais que les maires d'une trentaine de milliers de communes de France ne pourront pas appliquer ! C'est une sorte de grand parapluie que l'administration centrale ouvre pour se protéger de sa propre responsabilité en essayant de la faire retomber sur le dos des maires. Il n'en est pas question, il faut qu'on éclaircisse tout !"

 

 

 

D'autres maires se réjouissent d'avoir les cartes en main, comme à Poissy

Pour lier la parole supposée rassurante aux actes, Emmanuel Macron devrait également, ce mardi, rendre visite à une école de la ville de Poissy, dans les Yvelines. Son maire, Karl Olive, n'a quant à lui pas signé la tribune des maires. En effet, ce dernier estime que les gestes barrières peuvent être rapidement enseignés à l'école. C'est du moins le cas à Poissy depuis le début du confinement selon lui. Le vice-président des Yvelines poursuit : les maires doivent accepter cette responsabilité.

"On ne peut pas avoir pendant des années décrié le fait que les maires étaient les grands oubliés de la République et aujourd'hui contester le fait que c'est à nous de prendre des décisions. Tout n'est pas parfait, notamment au niveau des informations dont on dispose, mais à Poissy, on ne s'est pas demandé ce que pouvait faire l'Etat pour nous. On s'est surtout demandé ce qu'on pouvait faire pour nos administrés, et donc pour notre pays", considère Karl Olive, maire de Poissy.

 

Si les maires restent les élus les plus populaires auprès des Français - pour deux tiers d'entre eux selon Odoxa -, ils ne semblent pas avoir signé pour un tel fardeau. D'autant quand les consignes viennent du haut.