La « Gen Z » désigne généralement les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Si un jeune français, un étudiant kényan ou un lycéen malgache ne vivent ni dans les mêmes conditions ni sous les mêmes régimes politiques, plusieurs points communs apparaissent dans leurs mobilisations. Cette génération a grandi avec les crises successives : crise financière, pandémie de Covid-19, dérèglement climatique, inflation, guerres, crise du logement…
Pour une partie de ces jeunes, la promesse selon laquelle ils pourraient vivre mieux que leurs parents paraît de moins en moins crédible. Et cette inquiétude ne porte pas seulement sur le présent mais surtout sur l’avenir. Le coût de la vie, l’accès à l’emploi, au logement et aux études, mais aussi la défiance envers les institutions nourrissent un sentiment de déclassement.
En France, la colère part des lycées
En France, ces préoccupations se retrouvent dans la mobilisation lycéenne actuelle. Partie de plusieurs établissements, elle s’est rapidement étendue avec des revendications très concrètes : davantage de professeurs, remplacement des enseignants absents, classes moins chargées, bâtiments rénovés et davantage de personnels de santé.
Mais la colère dépasse la seule question des moyens. Parcoursup concentre notamment l’inquiétude face à une orientation perçue comme déterminante pour l’avenir, tandis que le mouvement exprime aussi un sentiment d’inégalité, notamment dans les établissements des quartiers populaires.
Une mobilisation plus directe, moins attachée aux partis
La nouveauté tient aussi à la forme de la contestation. Contrairement à la mobilisation de 2006 contre les CPE (Contrat Première Embauche), en grande partie structurée par les organisations syndicales étudiantes, le mouvement actuel repose davantage sur les réseaux sociaux. TikTok, Instagram, Snapchat ou X permettent de diffuser rapidement un appel au blocage ou une mobilisation sans passer par une organisation centrale. Cette organisation donne au mouvement une grande rapidité, mais complique aussi l’émergence de représentants capables de négocier et de structure lors des manifestations.
C’est l’un des paradoxes de la Gen Z : elle peut rapidement créer un rapport de force sans disposer d’une structure pour le prolonger politiquement. Cette jeunesse n’est pas nécessairement apolitique mais semble moins attachée aux partis et aux syndicats, tout en se mobilisant sur des revendications précises.
Une vague de contestation mondiale
Et la France n’est pas un cas isolé. Depuis 2024, plusieurs pays ont connu des mobilisations portées en grande partie par la jeunesse : au Kenya contre les nouvelles taxes et la corruption, au Bangladesh contre les quotas dans l’emploi public, en Serbie après l’effondrement de la gare de Novi Sad, au Népal contre la restriction des réseaux sociaux ou encore à Madagascar contre les coupures d’eau et d’électricité. Au Maroc, en Indonésie, au Pérou ou aux Philippines, la corruption, les privilèges politiques et le manque de perspectives ont également été au cœur de la colère de la jeunesse.
Malgré des contextes très différents, le mécanisme est souvent similaire : une revendication concrète devient le symbole d’un malaise plus large. Les jeunes dénoncent moins une idéologie qu’un sentiment d’injustice et l’impression que les institutions ne répondent pas à leurs préoccupations.
Les réseaux sociaux comme catalyseur
TikTok, Instagram, X ou Discord ne créent pas nécessairement la colère, mais ils permettent de la transformer rapidement en mobilisation collective. Une frustration vécue individuellement devient un problème partagé par des milliers de jeunes qui témoignent de situations similaires. Les réseaux permettent aussi de contourner les canaux traditionnels, comme les partis, les syndicats ou les médias, et de diffuser directement leurs mots d’ordre, leurs images et leurs symboles.
Ce style de mobilisation principalement constituée sur les réseaux est aussi sa principale faiblesse. Sans leader clairement identifié, le mouvement est plus difficile à contrôler, mais aussi à représenter. Et sans leader, qui négocie avec le pouvoir et qui transforme les revendications en projet politique ?
Une génération moins idéologique, mais pas moins politique
Ainsi, la Gen Z n’est pas une force politique homogène. Elle peut être de gauche, de droite, écologiste, conservatrice ou sans affiliation. Son point commun semble davantage être une expérience générationnelle : avoir grandi dans un contexte de crises successives et avec le sentiment que les institutions ne parviennent pas à garantir un avenir meilleur.