Aquilino Morelle : Le rêve de Mitterrand était de construire une Europe plus fédérale

Aquilino Morelle, ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon entre 1997 et 2002 et de François Hollande à l’Elysée de 2012 à 2014, auteur de "L’opium des élites - comment on a défait la France sans faire l’Europe" aux éditions Grasset était l’invité d’André Bercoff le 18 novembre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-14h, "Bercoff dans tous ses états".

Aquilino Morelle
Aquilino Morelle invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Pour Aquilino Morelle, son ouvrage est une "révision déchirante pour beaucoup de personnes qui ont adhéré sincèrement à la pensée de l’Europe et pour certains, qui étaient de gauche, aux idées socialistes". Dans L’opium des élites - comment on a défait la France sans faire l’Europe, "je cite très abondamment, parce que c’est un auteur de grande référence, un professeur américain à Harvard qui s’appelle Rawi Abdelal. Il a écrit dans le début des années 2000, un livre qui est absolument passionnant", explique-t-il. "Ce livre n’a, malheureusement, toujours pas été traduit en Français", continue Aquilino Morelle. "Et j’ai du mal à y voir seulement une coïncidence", juge-t-il.

Ce livre décrit la création de l’Europe avec des "documents et preuves à l’appui, et mieux encore témoignages à l’appui, témoignages des intéressés", explique Aquilino Morelle. C’était "en l'occurrence Jacques Delors et Pascal Lamy, qui était son directeur de cabinet à la commission européenne". Pour "François Mitterrand, président socialiste entre guillemets et Jacques Delors qui avait été socialiste du bout des lèvres, presque malgré lui, qui avait été incité à adhérer au PS par François Mitterrand, leur rêve c’était de construire une Europe plus fédérale".

 

Aquilino Morelle : "Ils ont inventé la globalisation financière"

"Pour construire cette Europe plus fédérale, dans laquelle nous vivons désormais, il leur fallait libérer les forces financières des marchés", explique Aquilino Morelle. "Donc, ils ont créé, pris la directive du 24 juin 1988 qui imposait la libération de l’ensemble des mouvements de capitaux au sein de l’Europe et aussi par contre coup, par ricochet, dans le reste du monde", ajoute l’auteur de L’opium des élites - comment on a défait la France sans faire l’Europe.

"Pour que le reste du monde, même les Etats-Unis puissent continuer à avoir des relations commerciales ou financières ou de toutes sortes avec l’Union Européenne, à l’époque la communauté européenne, il fallait qu’ils libéralisent eux-mêmes leurs finances", explique l’ancien conseiller à l’Elysée. "Ils ont inventé la globalisation financière. Ce ne sont pas les Américains, ce ne sont pas les méchants Thatcher ou Reagan qui ont inventé la mondialisation ou nous l'ont imposée", explique Aquilino Morelle au micro de Sud Radio. "C’est nous même Européens, et socialistes entre guillemets Français, Mitterrand, Delors, Lamy, qui avons inventé cela et pour des raisons idéologiques", juge-t-il.

 

"il y avait chez Mitterrand la volonté de prendre sa revanche sur Charles de Gaulle"

Pour Aquilino Morelle, "Mitterrand est un homme des années trente dans sa jeunesse". "C’est le moment où la pensée fédéraliste culmine", explique-t-il. "Les gens sont sincèrement plus ou moins convaincus que le fédéralisme, un État-nation européen, les Etats-Unis d’Europe comme dirait Jean Monnet, c’est la solution à tous les problèmes", ajoute-t-il. "C’est la solution à la guerre, au nationalisme, au déclin économique, etc., donc il y a une part de ça".

"Et puis dans le cas de Mitterrand", continue Aquilino Morelle, "c’est une pensée ancienne de sa jeunesse. Il était de l’autre côté, avec une pensée de la droite, aujourd’hui qu’on dirait extrême, ou celle du Maréchal Pétain", explique-t-il. "C’est le Maréchal Pétain qui a inventé le nom de communauté, et il était lui-même pour que la communauté France soit englobée dans une communauté Europe", explique-t-il. Pour certains, "la pensée des années trente c’était le pacifisme, la volonté de dépasser les nationalismes". Mais pour Aquilino Morelle, il y avait aussi "chez Mitterrand la volonté de prendre sa revanche sur Charles de Gaulle et sur l’Europe des Nations gaullienne".

 

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