Sahel : "On a détourné un peu l’aide de son sens original"

La loi pour le développement économique mondial est présentée à l'Assemblée nationale, mais déjà critiquée pour son court-termisme. Reportage de Mathilde Jullien.

Le gouvernement présente le 17 février 2021 sa nouvelle loi de programmation de l’aide au développement économique dans le monde.

Mercredi 17 février 2021, l’Assemblée nationale va étudier le projet de loi pour lutter contre les inégalités mondiales. Un texte qui a nécessité plusieurs années de travail mais qui avait été annoncé par Emmanuel Macron au début de son mandat. Parmi les cibles privilégiées par l’exécutif, le réinvestissement dans l’aide au développement en Afrique Subsaharienne, et notamment au Sahel. Reportage de Mathilde Jullien.

 

 

"Le développement doit être totalement désintéressé, à nos yeux"

Le Sahel est au centre de tous les regards du fait de son sous-développement mais également car la menace djihadiste continue d’être très présente, renforcée par la pauvreté des populations et leur fragilité. Louis-Nicolas Jandeaux, spécialiste du sujet pour l’ONG Oxfam, estime que les aides envoyées sont mal orientées. "La France fait 50% de prêts et 50% de dons", souligne-t-il. Or, "le prêt, par définition, va chercher un retour sur investissement."

"Le développement doit être totalement désintéressé, à nos yeux."

"Il faut qu’on dise : la France s’engage sur plusieurs années"

Le projet de loi vise donc à promettre des aides concrètes. "Ce qu’il s’est passé, c’est qu’en l’espace de 10-15 ans, on a fait beaucoup de prêts à des pays émergents", souligne le député LREM Hervé Berville, également rapporteur du texte. "On a détourné un peu l’aide de son sens original", concède-t-il.

"Ce qu’on refait dans cette loi là, c’est qu’on fixe une doctrine qui est claire : remettre du don, et faire des projets d’éducation, de santé et de changement climatique. Il faut qu’on dise : la France s’engage sur plusieurs années."

"Une loi de communication de la Présidence pour les prochaines élections"

Si la volonté est noble, le texte est déjà décrié car il ne programme des aides que jusqu’en 2022, soit un délai très court-termiste contre lequel de nombreux élus s’insurgent ; comme Jean-Paul Lecoq, député communiste de Seine-Maritime, qui déclare ne pas vouloir "contribuer à une loi de communication de la Présidence pour les prochaines élections présidentielles".

"On veut contribuer à une loi de programmation de l’aide publique de développement sur plusieurs années."

 

 

Le député annonce "une multitude d’amendements" qui visent à améliorer la loi pour aller dans ce sens. Des amendement ont été déposés par de nombreux élus, tous bords politiques confondus, afin de programmer l’aide au moins jusqu’en 2025.

 

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