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Christelle Morançais (Horizons) : "Il faudra baisser le nombre de fonctionnaires"

INTERVIEW SUD RADIO – Affaire Bardella, mobilisation lycéenne, retraites, Budget : Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire et vice-présidente d’Horizons, était au micro de Jacques Cardoze. Elle a notamment soutenu la réforme des retraites proposée par Édouard Philippe, qui envisage un départ entre 65 et 67 ans, avec 45 annuités.

Christelle Morançais Elon Musk

Jacques Cardoze : Affaire Mediapart/Bardella : pensez-vous comme Marine Le Pen que Mediapart soit un média militant qui veut assassiner politiquement Jordan Bardella ?

Christelle Morançais : « Écoutez, concernant les médias et notamment Mediapart, mais il y en a d'autres, je sais ce qu'il en est puisque j'ai été servie notamment pendant mes coupes budgétaires. J'ai quand même le souvenir de certaines matinales où j'étais le personnage principal de toutes les matinales. En revanche, sur cette affaire, permettez-moi d'en dire quelques mots. Bon, après, on verra, laissons se dérouler les faits, on verra ce qu'il en est exactement. 

Mais enfin, si c'est le cas, si c'est avéré, c'est quand même extrêmement grave. Et je pense qu'on est dans une situation dans notre pays aujourd'hui, et surtout à l'approche d'une élection présidentielle vis-à-vis aussi de nos enfants, il y a des propos qu'on ne peut pas tenir. Il y a des propos extrêmement graves et donc voilà, laissons l'affaire se dérouler mais soyons extrêmement prudents et tout n'est pas acceptable. »

Affaire Bardella : "Si ces propos sont avérés, c'est très grave"

Jordan Bardella dit vouloir montrer la nature de Mediapart qu'il qualifie de média militant d'extrême gauche. Reprenez-vous ces termes ?

« Écoutez, moi je ne suis pas là en train de faire des commentaires ou de reprendre les propos de Jordan Bardella. Encore une fois, si ces propos sont avérés, c'est très grave. Et voilà, il faut regarder aussi l'actualité que nous avons depuis quelques jours. Moi, je suis très inquiète, très inquiète en tant que présidente de région, très inquiète aussi en tant que mère de famille. On a une responsabilité quand on est homme public de ne pas dire n'importe quoi et aussi concernant les médias. Je pense que c'est une responsabilité collective dans une situation où le pays est extrêmement tendu. »

Mediapart promet de nouvelles révélations. Croyez-vous Jordan Bardella capable d'avoir tenu ou écrit de tels propos ?

« Écoutez, je ne sais pas et on verra dans quelques heures et puis chacun prendra aussi ses responsabilités. Moi, j'insiste vraiment là-dessus. Ce sont des propos, s'ils ont été tenus, qui sont extrêmement graves. »

Mobilisation lycéenne : "Un élève a giflé un de mes agents"

400 lycées bloqués hier, dont vous avez la charge en tant que présidente de région. Êtes-vous concernée par ces blocages en Pays de la Loire ?

« Oui, il y a eu pas mal d'incidents et d'effets grèves là encore hier et notamment dans un lycée en Mayenne à Laval où un élève a giflé un de mes agents de ce lycée. Et donc, j'ai porté plainte, on a porté plainte aussi sur pas mal de dégradations qu'on a pu avoir sur l'ensemble de nos lycées. Et là encore, ce qui se passe, c'est grave. C'est vraiment très grave. »

Ressentez-vous une montée de la violence dans les établissements scolaires ?

« Oui, moi depuis que je suis à la tête de cette région depuis 2017, tous les ans à la rentrée de septembre, je fais la tournée des lycées. Je vais dans l'ensemble de nos lycées de la région et pour la première fois cette année, j'ai senti cette montée de violence et notamment une opération très très identifiée de politisation dans nos lycées et qui vient de l'extrême gauche, de La France insoumise clairement. 

Donc moi je suis très inquiète parce que nos lycées ne sont pas des lieux de propagande et on voit très bien la manipulation aussi de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. Ils veulent le chaos et ils utilisent nos enfants, ils utilisent les jeunes dans leur manipulation, dans leur jeunesse et je trouve ça très grave. »

"Jean-Luc Mélenchon souhaite le chaos"

Jean-Luc Mélenchon cherche-t-il à plonger le pays dans le chaos ?

« Mais c'est totalement le chaos qu'il souhaite. Totalement le chaos. Et moi, ce n'est pas ce que je souhaite pour la France. On est un beau pays et notamment la manipulation vis-à-vis de la jeunesse. C'est irresponsable d'agir comme ça. Mais vous savez, ça fait déjà quelques années. »

Pourquoi la classe politique ne demande-t-elle pas de comptes à La France insoumise face à cette irresponsabilité ?

« Ah moi je demande des comptes en tant que présidente de région et notamment dans nos lycées. J'ai porté plainte. Sans arrêt je le dénonce, je le dis publiquement sur les réseaux sociaux, sur votre antenne encore ce matin. Il faut dénoncer. Moi j'ai le souvenir aussi pendant les élections régionales en 2021, ils étaient capables de tout, de mensonges, d’agressivité, de violence verbale. 

Et je l'ai dit, je l'ai dénoncé. Ça peut être aussi physique notamment dans la période du budget que j'ai vécue aussi au sein de la région, et je le dénonce depuis 2021. Il faut faire tomber les masques parce que ces gens-là sont extrêmement dangereux et ils veulent le chaos de notre pays. »

"Il faut faire payer tous ceux qui cassent"

Valérie Pécresse veut facturer 100 000 € de dégradations à Bali Bagayoko. A-t-elle raison et qui doit payer ?

« Elle a raison. Quand j'entends en Île-de-France que ça monte à 1 million d'euros, mais enfin c'est catastrophique. Bah le million d'euros, il faut faire payer tous ceux qui cassent. La France insoumise et puis que chacun prenne ses responsabilités. Vous cassez, vous payez. Je pense que ça c'est indispensable. Hier, nous avons déposé plainte pour les agressions qu'il y a eues sur nos agents et puis toutes les dégradations. On ne peut pas laisser faire. C'est une dérive et c'est inacceptable parce que sinon on laisse tout passer dans notre pays. Et ce n'est plus possible. »

Est-ce la philosophie que vous pourriez appliquer demain : le casseur doit payer ?

« Oui, moi je pense que c'est aussi une responsabilité. On le voit donc là par rapport aux incidents qu'il peut y avoir au niveau de nos lycées, mais c'est également lors de matchs de foot etc. Je pense qu'il y a un moment, celui qui casse, il doit payer. Il faut mettre les gens devant leurs responsabilités et notamment quand il s'agit de jeunes et qui sont mineurs, il y a un rôle aussi d'éducation des parents. 

On oublie aujourd'hui le rôle des parents. Alors c'est vrai qu'on vivait dans un pays où l'État doit intervenir sur tout. Mais moi, la première chose en termes d'éducation, en termes de responsabilité, bah ça commence aussi par les parents et donc les mères aussi. Ce jeune qui a agressé cet agent, je veux qu'il y ait des sanctions, et c'est inacceptable. »

Lycées : "Il y a des revendications qui sont légitimes"

Face aux agressions de professeurs et aux dégradations subies par les maraîchers nantais, faut-il durcir les sanctions ?

« Mais vous imaginez ? Enfin, dans quelle situation on se trouve là ? Ce n'est plus possible. Il y a un moment il faut arrêter et il faut des sanctions. Il y a quelques années, les maraîchers nantais ont subi des violences et des dégradations. Ça c'était il y a 3 ans, je suis allée les rencontrer il y a quelques semaines : rien n'a bougé. Ils ont porté plainte depuis 3 ans, rien ne bouge. Donc il y a un moment, comme tous les faits de sécurité, d'agression etc. Vous êtes arrêté, vous avez des sanctions et des pénalités. »

Comprenez-vous néanmoins les revendications des lycéens face aux manques de professeurs ?

« Écoutez, je pense que je vais répondre avec aussi de la nuance. Je pense que c'est important. Il y a en effet des revendications qui sont légitimes quand il n'y a pas de professeur pour faire cours depuis quelques jours, quelques semaines ou voire même une année complète. Ce n'est pas acceptable. Quand vous êtes dans des classes extrêmement surchargées, ce n'est pas acceptable.

 Mais ça c'est l'ensemble de l'Éducation nationale et ça reflète aussi les clés PISA qu'on a pu avoir il y a quelques semaines. En revanche, ça n'explique pas tout. Ça n'explique pas tout et on ne doit pas avoir cette violence. On peut ne pas être d'accord, mais absolument pas avec de la violence et des cas comme on a pu avoir hier en poussant au chaos. Et là encore, ça ne reflète pas l'ensemble de la jeunesse. C'est une partie de la jeunesse qui est manipulée aussi par La France insoumise. »

Baisse des fonctionnaires : "Il ne faut pas que ce soit un sujet tabou"

Après les manifestations dans la fonction publique, promettez-vous avec Édouard Philippe de baisser le nombre de fonctionnaires ?

« Il ne faut pas que ce soit un sujet tabou. Oui, en effet aujourd'hui, il faudra baisser le nombre de fonctionnaires. Moi, je l'ai fait dans ma région. Vous avez aussi l'intelligence artificielle qui arrive, il faut aller travailler aussi l'enjeu de l'efficacité de nos politiques publiques. Combien de postes ? Je ne suis pas là... vous savez, il ne faut pas qu'on arrive non plus dans une situation pendant cette campagne présidentielle où chacun va annoncer son chiffre etc. 

Il y a un moment, il faut regarder au niveau de l'État, sur l'ensemble des collectivités locales également. Il ne faut pas que ça soit un sujet tabou. Si on prend sur l'Éducation nationale que je vous évoquais tout à l'heure, il y a une baisse de la démographie. Donc il y aura moins d'élèves, donc il faudra moins de professeurs. Alors là bien évidemment. En revanche, si vous prenez l'enjeu de la santé, je pense notamment dans nos hôpitaux, on a besoin de plus d'infirmières, on a besoin de plus de soignants. 

Sur la sécurité, c'est la même chose. Il y a un enjeu énorme sur la sécurité. Donc il ne faut pas tout mélanger. Je pense que dans nos collectivités, encore une fois dans l'administration, il faut aller chercher l'efficacité et donc oui, moins de fonctionnaires. Et puis dans certains domaines, il faut les maintenir voire en augmenter. »

Retraite à 67 ans ? "C'est une proposition courageuse"

Édouard Philippe propose un âge de départ à la retraite entre 65 et 67 ans et 45 annuités. Soutenez-vous ce projet ?

« C'est la proposition d'Édouard Philippe, c'est lui qui est candidat à l'élection présidentielle et c'est une proposition que je soutiens et que je défends, et je trouve que c'est une proposition courageuse. Permettez-moi de l'évoquer quelques instants avec un peu de pédagogie en disant d'abord la vérité. Édouard Philippe dit la vérité sur la situation du système de retraite. Ce système de retraite, il est né en 1945 où on avait quatre actifs pour financer un retraité. 

Aujourd'hui, on est à 1,7 actif pour financer un retraité. Demain, on sera à 1,3. Je vous l'ai dit, la démographie est en train de baisser. Donc il y a urgence à réformer le système de retraite. Le réformer mais pourquoi ? Pour faire quoi ? Donner du sens. D'abord pour le préserver, parce que les Français sont très attachés au système par répartition. »

Réforme des retraites : "C'est posé, réfléchi, travaillé"

Fixer le départ à 65 ans au lieu des 67 évoqués au départ est-il un recul ?

« Oui, mais c'est de 67 à 65 ans. On va reprendre ses propos : il a dit il faudra partir soit à 65, 66 ou 67 ans. Mais tout le monde a focalisé sur 67. Mais aujourd'hui, s'il annonce 65 ans, c'est posé, réfléchi, travaillé. C'est un projet aujourd'hui équilibré et juste. Et c'est la vérité, donner du sens pour les générations à venir et préserver une partie du modèle par répartition. Ça, je pense que c'est un enjeu majeur. 

Et après, avoir le courage de réformer. Dans ce pays, il faut avoir le courage de réformer sinon notre modèle social, qui est envié du monde entier et notamment le système de retraite, si on ne le réforme pas, il est voué à disparaître. Et la réforme c'est 65 ans, 45 ans d'annuités et puis après une partie par capitalisation. Mais il n'y a que les médias qui en boucle tournent sur les 67 ans. Il a dit 65, 66 ou 67 ans, jamais il ne s'est arrêté sur 67. Je rappelle que c'est une réforme courageuse, équilibrée et juste pour les Français. »

La proposition de Gabriel Attal "ne tient pas"

La proposition de Gabriel Attal d'une retraite à la carte sans âge fixe n'est-elle pas plus simple ?

« Oui, mais ça ne tient pas financièrement. Ça ne tient pas. Aujourd'hui la proposition d'Édouard Philippe, qui a été très travaillée, encore une fois elle est équilibrée et elle est juste. Si aujourd'hui la proposition d'Édouard Philippe c'est 65 ans l'âge de départ, c'est que tout simplement il faut un âge pivot. Sans âge pivot, le modèle ne tient pas. »

Vous allez plus loin que Bruno Retailleau, qui fixe l'âge de départ minimal, lui, à 63 ans avec 43 ans d'annuité. Il va bien falloir accorder vos violons ?

« Écoutez, avec Bruno Retailleau, je pense que sur la mesure de la réforme des retraites, elles sont très proches. En revanche, il n'évoque pas les 45 années d'annuités et c'est indispensable pour la réforme des retraites. Encore une fois, cette réforme est importante dans cet objectif : on a la responsabilité de la transmettre à nos enfants. »

"Il faut avoir le courage de réformer en profondeur"

Sur le budget 2027 présenté demain, faut-il geler les pensions de retraite ou supprimer l'abattement fiscal de 10 % ?

« Mais c'est un très bon exemple. Si on ne réforme pas en profondeur la réforme des retraites, il n'y a pas 36 000 solutions. Soit vous augmentez les cotisations — et je pense qu'au niveau de la France, on est champions du monde en termes de prélèvements —, soit vous baissez les cotisations, ou la troisième solution c'est que vous réformez comme le propose Édouard Philippe et donc c'est une proposition encore une fois qui est sérieuse. 

Sinon derrière, c'est moins de pouvoir d'achat et encore une fois ce sont les Français qui vont payer. C'est indispensable. Moi je pense que dans ce pays, il faut aussi avoir le courage de dire les choses et surtout de réformer en profondeur. Il ne faut pas avoir peur de réformer dans ce pays, je pense qu'il faut faire un reset. Notre modèle sur pas mal de choses ne tient plus. Et donc si on veut garder la puissance de ce pays au niveau international, d'être encore un pays avec des atouts extraordinaires, ça nécessite de le réformer. »

Budget 2027 : "Je n'attends rien"

Que préconiseriez-vous à Sébastien Lecornu pour les arbitrages budgétaires à venir ?

« Je suis désolée, mais sur le budget 2026-2027, je n'attends rien. Je n'attends rien. Ce n'est pas là que ça se joue parce que malheureusement, on a bien vu l'année dernière où ils ont été capables de sacrifier la réforme des retraites ou d'augmenter encore une fois les impôts. C'est ce qui se fait depuis 40 ans parce que c'est la facilité plutôt que d'aller réformer. 

Et donc pour préserver et puis avec une Assemblée comme celle-ci extrêmement compliquée. Moi ce que j'attends, c'est l'élection présidentielle. C'est là où ça va se jouer et l'enjeu de notre pays va se jouer avec des gens qui vont porter des réformes courageuses comme c'est le cas pour Édouard Philippe. »

"Bruno Retailleau a énormément de qualités"

Appelez-vous Bruno Retailleau à se ranger derrière Édouard Philippe ?

« Mais bien sûr, j'espère un rassemblement le plus large possible à droite et au centre. Oui, bien évidemment, je souhaite que Bruno nous rejoigne parce que c'est indispensable si on veut aujourd'hui faire une équipe de France. Bruno a énormément de qualités, c'est un homme qui aime profondément la France, mais on ne peut pas partir séparés. Moi je l'ai vu sur les dernières élections sénatoriales sur mon département : quand la droite et le centre sont divisés, c'est la machine à perdre. 

Donc à un moment il faut un rassemblement. Les Français attendent ce rassemblement. Moi je suis interpellée dans ma région régulièrement. Ils veulent le rassemblement de la droite et du centre pour cette élection présidentielle. Quand on aime son pays, on doit se rassembler. C'est pour ça que pour moi Édouard Philippe est celui qui est le plus à même de rassembler Bruno Retailleau et Gabriel Attal. »

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