Georges Fenech : "toujours est-il que le 13 novembre est arrivé"

Victor Rouart, rescapé du Bataclan et auteur de "Comment pourrais-je pardonner" aux éditions de l'Observatoire et Georges Fenech, auteur de “Bataclan, le procès” aux éditions du Rocher, ancien député, magistrat et président de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis étaient les invités d’André Bercoff le 9 septembre 2021 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, “Bercoff dans tous ses états”.

Victor Rouart et Georges Fenech invités d’André Bercoff dans “Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Victor Rouart : "Le lecteur doit se rendre compte de la violence"

Face au livre Comment pourrais-je pardonner, "Le lecteur doit se rendre compte de la violence que nous avons subie ce soir-là, le choc que ça a dû représenter", explique son auteur Victor Rouart au micro d’André Bercoff. "Le lecteur doit se sentir concerné par ce genre d'événement, parce que malheureusement, et je le sais désormais, ça peut arriver à tout le monde", ajoute-t-il. "J’aimerai" ajoute l’auteur "que le lecteur ait le sentiment d’avoir affaire à quelqu’un qui parle en âme et conscience, quelqu’un aussi bien meurtri dans sa chair que dans son âme mais qui reste, je pense, mesuré et qui essaie d’apporter des réponses sur différents aspects".

Le terrorisme "est un sujet qui va concerner l’ensemble de la population, c’est un danger qui ne cesse de s'accroître" juge Victor Rouart. "Je pense que le cœur du problème est qu’il faudrait une prise de conscience avec un débat en profondeur sur tous les aspects de cette question pour qu’on puisse dans un premier temps, dans un débat contradictoire et apaisé, trouver tous ensemble des solutions", explique-t'il. Selon l’auteur de Comment pourrais-je pardonner "on a voulu considérer ces actes terroristes d’un point de vue complètement factuel et pas forcément d’un point de vue purement idéologique. On a pris des précautions avant de parler d’attentats islamiques, on parlait souvent de déséquilibrés mais parfois j’ai l’impression que certaines expressions servaient à définir l’embarras".

 

Georges Fenech : "tous nos dispositifs de sécurité, d’intervention dataient des années 70-80 et on réalisait qu’ils n’étaient plus tout à fait adaptés"

Pour Georges Fenech, "Après les attentats de janvier 2015, on réalisait tout à coup qu’on avait affaire à des organisations très structurées en capacité de projeter des attentats depuis les territoires de l’Etat Islamique (qui s’est proclamé en 2013)". D’après l’auteur de Bataclan, le procès, "dès le lendemain, des réflexions sur comment se réorganiser puisque tous nos dispositifs de sécurité, d’intervention dataient des années 70-80 et on réalisait qu’ils n’étaient plus tout à fait adaptés". Pour l’ancien député "on aurait pu souhaiter que ces nouveaux dispositifs entrent en vigueur assez rapidement. Hors, il a fallu du temps, il a fallu du budget, il a fallu d’autres réflexions, toujours est-il que le 13 novembre est arrivé".

"La commission d’enquête qui a commencé à travailler dès février 2016 a recherché quelles étaient les failles, les dysfonctionnements, ce qu’il fallait envisager de réformer, nous avons fait quarante propositions. qui ont été unanimement co-signées par les trentes parlementaires qui venaient de toutes les familles politiques et qui, je dois le dire avec beaucoup de satisfaction, sont aujourd’hui toutes réalisées et mises en œuvre", explique le Georges Fenech. Le magistrat explique qu’une seule proposition manque, "c’est la question de l’existence d’une Direction du renseignement de la préfecture de police de paris, pour nous cela relève de la DGSI" explique l’ancien député.

 

"Le protocole à l’époque prévoit qu'il faut sécuriser le périmètre extérieur et attendre l’arrivée des forces d’élite"

Pour Georges Fenech "le point le plus sensible de cette soirée" est pourquoi les forces de l’ordre arrivées au Bataclan en premier ne sont pas intervenues. D’après son président "La commission d’enquête a constaté que les primo-intervenants qui étaient là dans les cinq premières minutes, les policiers de la BAC sont dans l’incapacité d’agir puisqu’elles ne sont pas formées pour ça, elles ne sont pas équipées pour ça et elles n’ont pas le droit d’entrer dans un lieu confiné". Georges Fenech explique que "Le protocole à l’époque prévoit qu'il faut sécuriser le périmètre extérieur et attendre l’arrivée des forces d’élite".

 

"La conclusion que nous avons tirée de ces attentats", explique Georges Fenech, "c’est que nous devons revoir tous nos dispositifs, il faut donner le pouvoir et les moyens aux primo-intervenants d’intervenir tout de suite sans attendre les 20 minutes où le massacre a déjà eu lieu". Lors de la création de la commission d’enquête parlementaire "la réflexion était en cours", explique l’ancien député. "Depuis lors, toutes les BAC de France, tous les PSIG sont tous entraînés (les uns par le raid, les autres par le gign) sont tous équipés de boucliers et de casques kevlar, d’armes longues et avec le droit de pénétrer en milieu confiné sans attendre les quelques 20 minutes", ajoute t’il. "On n’accuse personne, c’était nos schémas de l’époque. A l’époque on avait nos groupes terroristes : le GIA, l’OLP, etc. Ils avaient tous quelque chose à négocier. Là, il n’y avait rien à négocier, ils venaient pour tuer le plus grand nombre de personne et mourir en kamikaze", explique le magistrat.