éditorial

L'édito de Christine Bouillot

Economie

La pénurie de beurre, une bien belle intox de la grande distribution ?

Le beurre se fait plus rare dans les supermarchés (©Daniel Janin - AFP)

Pour de nombreux agriculteurs, la pénurie de beurre qui sévit en France depuis plusieurs semaines n’est rien d’autre que la conséquence d’une énième guerre des prix entre les acteurs du marché.

Une pénurie que vous avez sans doute constatée en faisant vos courses, aggravée par l’effet de manque, à savoir ces consommateurs se disant qu'il va manquer de beurre et qu’il faut faire des réserves… Un chiffre : 30% de la demande habituelle sur la dernière semaine n’a pas pu être satisfaite. Un réflexe que l’on connaît bien mais qui aggrave encore un peu plus la situation, à tel point que le gouvernement a demandé pas plus tard que mardi à nous consommateurs de ne pas paniquer ! Une sorte d'appel au calme de la ménagère…

Mais n'oublions pas qu’en économie, tout va très vite ! Le beurre entre dans la fabrication de nombreux produits et on voit déjà leurs prix revus à la hausse (vingt centimes pour une célèbre marque de cookie). L’industriel, très gros consommateur de beurre, étant obligé de répercuter la hausse du prix de la matière première puisque tout ce qui est rare est cher...

La consommation de beurre ne cesse de progresser en France (+5% entre 2013 et 2015) et le phénomène serait mondial. Dans les grandes surfaces, on nous explique à grand renfort d'affichettes que "le marché du beurre fait face à une pénurie de matière première qui engendre des ruptures en magasin". Autrement dit, nos producteurs de lait ne produiraient plus assez de lait. Le monde agricole est en crise, et le beurre n’y échappe pas.

Rappelons que la production était fixée par quota, mais depuis 2015, elle ne l'est plus. Cependant, les agriculteurs, eux, signent pour un certain volume de production. Et cette année, rien n’indique que la production de lait est en baisse… En réalité, ils sont devenus les boucs-émissaires d'une guerre des prix. Ces agriculteurs parlent en effet "d'intox à la pénurie" et commencent à le faire savoir en se rendant dans les grandes surfaces pour en informer les consommateurs : ils ne sont pas les responsables de cette pénurie, qu’on se le dise !

Le prix du beurre est fixé une fois par an, en février. Or, depuis, le cours a bondi de... 172% ! Et personne ne veut répercuter cette hausse, ni les centrales d’achats, ni certaines enseignes, pour proposer du beurre à bas prix, mais pas au juste prix. On y revient donc : ce fameux juste prix payé aux producteurs. Le litre de lait, lui, est toujours payé au environ de 33 centimes au producteur de lait. Certes, il ne sera pas possible de répercuter cette hausse de 172% d’un coup, mais des négociations équitables semblent plus que nécessaires. Certaines enseignes ont soit commencé à le faire, soit se disent prêtes à les ouvrir.

Une chose est sûre, les États Généraux de l’Agriculture, qui viennent d'entamer leur deuxième salve de discussions, ont encore du pain sur la planche…

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