François-Bernard Huyghe : "Il y a un retour à la censure"

François-Bernard Huygue était l’invité d’André Bercoff jeudi 28 novembre 2019 sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

François-Bernard Huyghe invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Invité d’André Bercoff, François-Bernard Huyghe, politologue et essayiste, présente son nouveau livre, L’art de la guerre idéologique (aux éditions du Cerf). Un essai sur la société d’aujourd’hui et du rapport entre les luttes idéologiques et la démocratie.

 

"On rétablit la crime-pensée"

Les actions des mouvements extrêmes, comme ceux des étudiants vegans qui refusent de s’asseoir dans une pièce où il y a un tableau de chasse du XVIIème siècle, traduisent "un mépris de la liberté" pour Bernard-François Huyghe. "Mais, au-delà de ça, il y a un retour de la censure" qui vient "de la post-gauche" et répond à un modèle "américain où les étudiants, au nom de leur sensibilité, se donnent le droit d’interrompre des conférences ou des expositions".
"Ce qui est intéressant, c’est pas qu’on soit devenu hyper-moraux, c’est qu’on le fait au nom d’une sensibilité de ceux à qui une opinion inverse serait insupportable", explique l’auteur qui estime qu’on "rétablit un peu la crime-pensée" aujourd’hui.

Il y a une "américanisation de la vie intellectuelle" actuellement en France et une indignation permanente à laquelle "les réseaux sociaux contribuent beaucoup en permettant à chacun d’être un petit Jean Moulin". Il y a également un "éclatement idéologique", "une spécialisation". Or "moins on est structuré idéologiquement, moins on a une représentation complète, plus on a tendance à dénoncer violemment l’autre pour des crimes qui seraient spirituels".

"La France d’en bas et la France d’en haut, c’est un véritable affrontement"

"Chacun parle au nom de sa communauté, de sa cause, et demande très vite l’interdit de l’autre", analyse l’auteur dans son livre. "Ces mouvements se développent avec une envie pénale" et pensent que les problèmes viennent de l’autre qui "commet des crimes spirituels". L’autre est "plein de préjugés qu’il faudrait extirper et non débattre".

Les clans opposés aujourd’hui en France sont "le haut et le bas". "La France d’en bas et la France d’en haut, c’est un véritable affrontement", qui n’est plus la lutte des classes marxiste.

C’est le cas des Gilets Jaunes "qui incarnent la France d’en bas" qui s’est révoltée "pour des causes matérielles". Mais cette révolte est rapidement devenue "un discours politique" avec la demande de représentation et de démocratie directe. Les gens d’en bas ont le sentiment d’être opprimés idéologiquement par les médias, ce qui inquiète la France d’en haut qui va les traiter de complotistes.

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