Fatou Diome : "L'Afrique ne voit pas les difficultés de l'Occident"

Fatou Diome, écrivain, auteur de "Veilleurs de Sangomar" (Albin Michel), était l’invitée d’André Bercoff, mardi 8 octobre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Fatou Diome invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Fatou Diome vient présenter son dernier livre, Les Veilleurs de Sangomar, publié aux éditions Albin Michel. À partir du naufrage du Joola au large du Sénégal en 2002, elle aborde avec André Bercoff les défis qui s'annoncent pour le continent africain.

 

Gérer la perte brutale

Dans son roman Les Veilleurs de Sangomar, Fatou Diome s'est inspirée de la catastrophe du 26 septembre 2002, au large du Sénégal, du ferry Joola. Un drame qui a coûté la vie à près de 2.000 personnes et dont on ne compte que 65 survivants seulement. "La catastrophe est vraie mais je n'ai pas voulu prendre une vie concrète d'une victime", assure-t-elle. Alors elle est partie de la réalité pour "imaginer un couple d'amoureux sur ce bateau".

Fatou Diome veut traiter un sujet trop souvent oublié lors des catastrophes. Celui de "la perte brutale d'un amour". À partir de cette catastrophe, elle tente de répondre aux questions suivantes : "Comment se reconstruire ? Comment se réconcilier avec la vie pour continuer ?". C'est avec son héroïne, qui ne souhaite plus parler de sa souffrance "pour ne pas faire souffrir les autres", que l'écrivain essaie de nous faire vivre cette terrible épreuve, entre "révoltes du quotidien et souvenirs". 

Effacer l'image de l'eldorado

Parler de l'Afrique, c'est l'occasion également de parler des relations entre ce continent et l'Europe. "Dans Celles qui attendent, je disais que l'Europe et l'Afrique sont comme deux enfants se regardant dans un miroir déformé", rappelle-t-elle. Pour Fatou Diome, "L'Afrique ne voit pas les difficultés de l'Occident parce qu'elle est aveuglée par ses propres difficultés", tandis que l'Europe veut quant à elle "conserver ses acquis". "Plus la maison est riche, plus elle est gardée", note l'écrivain.

Alors c'est vrai, Fatou Diome déplore cette vision des Africains de l'Europe, voyant en elle un "eldorado". Sauf "qu'il y a des gens en galère ici". Pour effacer cette image de leur tête, l'écrivain encourage ses concitoyens à "décrire réellement leurs galères au pays". Elle dénonce un faux miroir entretenu par ceux qui ne disent pas toute la vérité une fois de retour dans leur famille d'origine. "Quand ils sont femmes de ménage, ils disent être gérant d'hôtel, quand ils sont serveurs, ils disent être propriétaire de restaurant". Pour remédier aux crises et pouvoir "se réconcilier", Fatou Diome recommande de "la modestie, de l'honnêteté, de la lucidité".

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez André Bercoff et ses invités du lundi au vendredi sur Sud Radio, à partir de midi. Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !