L'enfer des filtres - La Sexy News de Soisic Belin

Snapchat, Instagram, TikTok, qui n'a jamais utilisé de filtres de nous jours, même pour un simple selfie ? Cette semaine Soisic Belin décortique ce phénomène et nous explique les dangers de ces derniers.

Des pikuras au Japon aux filtres sur nos smartphones, tout a changé

Les réseaux sociaux et leur capacité où vous déformer, disons plutôt à vous transformer, l’espace d’un court instant, celui d’une photo, d’une vidéo. Ce monde parallèle dans lequel porter des oreilles de lapin, une langue qui pendouille, des yeux de chat rose bonbon ne vous ridiculisera pas, bien au contraire.

Je m’explique. Il y a 6 ans à peu près, avec une amie, nous sommes parties au Japon, à Kyoto et je me souviens que dans un centre commercial très Kawaii entre les boutiques Hello Kitty et des étagères de manga, il y avait ces photomatons, très spécifiques, LES PURIKURA, vous vous preniez en photo et l’appareil déformé quelque peu votre visage pour vous transformer en manga. Le résultat était plus ou moins réussi, plus ou moins naturel mais soit j’avais trouvé ça hyper chouette, la photo est encore aimanté sur mon frigo.

6 ans plus tard ce genre d’expérience ressemble finalement à un document que pourrait diffusé l’INA, puisqu’avec vos appareils, smartphones, vous pouvez tous vous transformer en « cute girl » sans avoir à faire 13 heures de vol.

Et j’irais même jusqu’à dire que ce n’est pas une possibilité mais presque une injonction.

 

Aujourd’hui sur toutes vos applications, vos réseaux sociaux vous avez inclus avec la fonction appareil photo, des filtres qui vont vous permettre de lisser, affiner, sculpter, colorer, modifier, transformer votre visage. Si certains filtres sont  destinés à un public plus jeunes, d’adolescents avec des paillettes, coeur et autre symboles dit « cute », mignons, ne vous détromper pas, même les adultes et je pense aux femmes en grande majorité utilisent des filtres plus discrets pour apporter du glow à leur visage. Quitte finalement à poster des photos d’elles qui ne sont plus vraiment elle. Puisque l’on a l’impression que c’est une sorte de fond de teint que l’on va appliquer sur son visage et que celui-ci va lisser nos pores, c’est finalement bien plus que cela, la plupart du temps votre visage est re-sculpté ( vos pommettes, la taille de vos yeux, la couleur de votre peau, l’épaisseur de vos lèvres…) certains diraient que ces filtres vous optimisent et si ils ne faisaient que créer lentement mais surement chez vous, ce que l’on appelle une dysmorphie.

Des gens consultent des chirurgiens pour ressembler aux filtres snapchat

Alors pourquoi  ? C’est assez simple, imaginez  qu’il y ait un véritable décalage qui se crée entre le « vous » pris en photo, le "vous" sur les réseaux sociaux, dans le monde virtuel et le « vous » en vrai, dans la Real Life comme on dit. Vous regarder dans le miroir devient tout de suite très compliqué, voire une véritable torture.

Selon un article signé Camille Gaubert pour Sciences et Avenir,

« Des chirurgiens plasticiens américains avaient même tirés la sonnette d’alarme, puisque de plus en plus de patients les consultaient pour ressembler à leurs selfies retouchés. "dysmorphie Snapchat" Des dérives qui ne touchent cependant pas ou très peu la France, d'après le Dr Sébastien Garson, vice-président de la Société Française des Chirurgiens Esthétiques Plasticiens (SoFCEP), interrogé par Sciences et Avenir.

Alors si depuis 2019 Facebook et Instagram luttent contre les filtres censés simuler des opérations de chirurgie esthétique, le réseau social permet désormais à ses utilisateurs de créer ses filtres via un programme nommé Spark AR Studio et de les partager, une fois de plus, c’est une façon d’acquérir des followers, donc attention, il va falloir que votre filtre attire, plaise, convienne à un max de personne et donc on en revient encore une fois, à déformer votre visage, à le teinter, à lui ajouter des petits détails comme des tâches de rousseur, à modifier la couleur des yeux, la brillance, les écarts entre les yeux, le front, le nez, bref à modifier totalement la sculpture de votre visage. Quand vous vous regarderez dans une glace, il n’y aura alors que de l’insatisfaction face à ce quelque chose que vous ne trouverez pas aussi beau que la version de vous même virtualité.

C’est donc une boucle infernale à laquelle on assiste.

Severine Pierron, journaliste parle « de chirurgie esthétique du pauvre », puisque tout ces filtres se basent sur des visages irréels à la base, des visages qui ont été modifiés par la chirurgie esthétique. On en fait alors que copier l’irréel.

Chose qui m’a fait sourire, me peut-être ne devrais-je pas, l’application ZOOM propose elle aussi un filtre. Bah oui, pendant le confinement, les réunions virtuelles se sont généralisées, autant vous dire, que nous étions nombreux à pouvoir bosser en pyjama ( ce n’est pas mon cas , on ferme la parenthèse ). En bas de pyjama ok mais pas sans son filtre. Combien sommes-nous à avoir eu du mal à nous voir comme ça en virtuel ? Combien sommes-nous à avoir chercher un angle pour nous mettre en valeur ? L’application a donc décider de vous proposer des filtres maquillage, histoire mesdames de ne pas vous laisser sans masque face à autrui.

Et et… Ce n’est pas près de s’arrêter. Aujourd’hui les marques de cosmétiques ont bien compris l’attrait des filtres et l’utilisation de la Réalité virtuelle et l’intelligence artificielle vont permettre à ces marques de vous proposer des tests de maquillage, de coiffure, de l’essayage virtuelle.

Une fois de plus, il y a quelques années mais là il faut faire un bond un peu plus grand, je voulais me couper les cheveux et un coiffeur proposé du visagisme à l’aide d’un logiciel. Vous vous installiez face à l’écran, il capturait une photo de votre tête et à partir de là, il vous proposait des coiffures. Aujourd’hui l’usage de filtre permet à tout un chacun de tester avant de passer à l’action, avant d’acheter son rouge à lèvres, son vernis à ongle, avant de se colorer ou se couper les cheveux, le virtuel prime sur le réel.