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Michel Ruimy : "Les différentes relances budgétaires n’ont pas porté leurs fruits"

Par Jean-Baptiste Giraud

État donné l'incertitude politique, les choses vont-elles se corser sur le plan de la dette française ? Pour en parler, Michel Ruimy, économiste, professeur d'économie à Sciences Po Paris et à l’ESCP, était l’invité de Philippe David sur Sud Radio, mercredi 10 juillet 2024.

Michel Ruimy
Michel Ruimy, invité de Philippe David sur Sud Radio.

Ces jours-ci, la situation budgétaire de la France est-elle plus grave qu'avant ? Réponse avec Michel Ruimy.

Michel Ruimy : "Depuis 50 ans, on a eu des déficits budgétaires"

Dans un tweet, Bruno Le Maire avertit d’un risque de crise financière et de déclin économique de la France si l’impasse politique actuelle se maintient. N’est-ce pas un avertissement de pompier pyromane ? "Certes. Mais cela n’Il y a eu des événements comme les Gilets jaunes, la crise sanitaire, l’invasion de l’Ukraine par la Russie… La philosophie a été de conserver le pouvoir d’achat des ménages malgré tout. Toujours est-il qu’aujourd’hui, vu l’état des finances publiques et le déficit, la situation risque de s’empirer", a répondu Michel Ruimy.

La dette de la France, c’est 110% du PIB. Et on a un déficit budgétaire prévu à 5,1% en 2024, contre 3% prévus par les critères de divergence de Maastricht… "Jusqu’en 1974, on a eu un excédent budgétaire. Et depuis 1974, depuis 50 ans donc, on a eu des déficits budgétaires. Ces déficits ont eu de graves conséquences. On a fait des tentatives pour maîtriser le déficit, on a fait des relances budgétaires qui n’ont pas porté leurs fruits. Et à chaque fois qu’on a eu des crises, on a utilisé l’arme budgétaire. Et les périodes de calme n’ont pas permis de résoudre le déficit. On se retrouve donc avec cette dette abyssale. Cela pose donc la question de la crédibilité de la France au niveau international", a rappelé Michel Ruimy.

"Au début, on a pensé que le déficit budgétaire, c’est conjoncturel"

Pour Michel Ruimy, on n’a pas pris la mesure de la difficulté. "Il faut se rappeler que 1974, c’est le premier choc pétrolier, on pense que c’est conjoncturel. Puis, en 1979 il y a un deuxième. On se dit donc : ‘ce n’est plus conjoncturel mais structurel’. En 1981, la relance budgétaire de François Mitterrand n’a pas marché. On a eu le tournant de la rigueur en 1983. Et depuis 1990, on n’a eu que 9 fois un déficit budgétaire en deçà de 3%."

Comment remédier donc à ce déficit abyssal ? "Il faut une forte croissance, à l’image de la croissance des Trente Glorieuses, pour éventuellement rattraper la chose. Il y a eu un changement de comportement vis-à-vis de la dette : on ne dit plus ‘il faut que je rembourse ma dette’, on dit : ‘du moment que je rembourse les intérêts et que j’inspire confiance, tout rentre dans l’ordre’", a expliqué Michel Ruimy.

Fin 2023, le Japon avait une dette atteignant 252% du PIB, quand la dette italienne atteignait 137%. Pourtant, c’est la dette italienne qui inquiète le plus. Pourquoi ? "C’est culturel. La dette japonaise est majoritairement détenue par la population, qui y voit l’intérêt supérieur de l’État. C’est aussi des emprunts perpétuels. À l’inverse de l’Italie, qui finance sa dette par les marchés. Ce qui pose problème, c’est cet aspect-là. Ensuite, en termes de maturité, le Japon a rallongé la maturité de sa dette, elle est de 9 ans en moyenne. Alors que la dette italienne est une dette de court et moyen terme. Elle est donc plus sensible aux effets de conjoncture."

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Retrouvez l’invité de Philippe David du lundi au vendredi à 13h dans “Sud Radio dans tous ses états” sur Sud Radio.

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