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Daniel Hartmann : "Le rapport aux arrêts de travail s'est modifié"

Le Docteur Daniel Hartmann, psychiatre, et le Docteur Daniel Cosculluela, médecin, psychiatre et anthropologue, étaient les invités de "Bercoff dans tous ses états".

Daniel Hartmann et Daniel Cosculluela
Daniel Hartmann et Daniel Cosculluela, invités d'André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Les salariés sont nombreux à frapper aux portes des cabinets de médecins en demandant des arrêts de travail, le plus souvent injustifiés. Comment expliquer ce phénomène ?

 

Daniel Hartmann : "On vit dans une sorte de guerre permanente"

"Depuis cinq ans environ, on a des patients qui sont de plus en plus déprimés, anxieux, qui ont des idées inquiétantes parce qu’on vit dans une atmosphère extrêmement compliquée, une atmosphère mortifère, violente… C’est une sorte de guerre permanente. On a été en guerre contre le terrorisme, contre le Covid, contre la Russie, contre l’inflation…

On a un taux d’absentéisme de 5,8%, ce qui fait 25 jours par salarié et par an. C’est autant qu’en 2020, au plus fort de l’épidémie de Covid-19. Alors qu’en 2019, avant la crise Covid, on était à 4,8%. On a un rapport aux arrêts de travail qui s’est modifié. On est dans une situation inédite : l’offre de travail n’a jamais été aussi forte, et les emplois sont difficiles à pourvoir parce que les gens changent de projet de vie, sont en arrêt de travail ou ne travaillent plus", a déploré Daniel Hartmann.

Daniel Cosculluela : "Les gens n’ont plus la vision de l’avenir"

"Actuellement, il y a 56% des Français de 55 à 64 ans qui sont en activité. Ce qui veut dire que 44% ne sont pas en activité : ils sont au chômage, au RSA, à la retraite, etc. D’autre part, dans le cadre de notre activité, nous voyons de plus en plus de gens solliciter des congés longue maladie, des arrêts de travail de diverses natures… Surtout dans la fonction publique, dans le secteur de la santé naturellement, mais également dans tous les autres secteurs. Pourquoi ? Parce que les gens, n’ayant pas la vision de l’avenir, ont une sorte de détestation du présent qui s’instaure. Et ils deviennent de plus en plus intolérants à ce qu’ils considèrent comme étant des agressions. Et il se crée un syndrome de souffrance au travail (appelé burnout), que ne connaissaient pas les ouvriers d’usines et les mineurs dans le passé, alors qu’il me semble que c’était bien plus difficile.

Les gens ont une perception de la réalité qui est différente de ce qu’est la réalité. Pourquoi les gens ne réagissent-ils pas autrement ? Tout simplement parce qu’ils attendaient autre chose de la réalité : on leur avait proposé le bonheur, c’était quand même le projet de la société, que chacun soit heureux à tout moment et puisse jouir de toute chose. Et aujourd’hui, on leur dit qu’ils ne vont pas pouvoir jouir de grand-chose compte tenu des difficultés auxquelles nous sommes soumis", a pour sa part estimé Daniel Cosculluela.

 

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Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h30 dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.

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