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"Enfumage", grand "n'importe quoi" : pourquoi les 3 000 profs remplaçants ne sont pas une bonne idée

Par Benjamin Glaise et

ECLAIRAGE SUD RADIO - Face aux manifestations lycéennes, le ministre de l’Éducation annonce le déploiement de plus de 3 000 professeurs remplaçants. Mais pour le SNES-FSU, ces affectations parfois éloignées ou hors discipline ne répondent absolument aux revendications. Explications.

Le SNES-FSU critique la réponse du gouvernement face à la colère lycéenne. Les 3 000 enseignants remplaçants déployés ne convainquent pas.
Le SNES-FSU critique la réponse du gouvernement face à la colère lycéenne. Les 3 000 enseignants remplaçants déployés ne convainquent pas. SIMON WOHLFAHRT - AFP

Face à la colère lycéenne, le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a annoncé à compter de demain le déploiement d'un peu plus de 3 000 professeurs remplaçants. Problème ? Certains devront enseigner une autre matière que la leur, d’autres travailler à plus de 100km de chez eux, d'autres encore vont devoir effectuer deux remplacements dans la même journée dans deux établissements différents, quand d'autres enfin vont devoir effectuer des tâches administratives plutôt que de délivrer leur cours...

" On va affecter des professeurs de philosophie pour assurer des cours de sciences ! "

Cette mesure ? « Une magnifique opération d'enfumage de la part du ministre […] Soit il fait n’importe quoi, soit il ne fait rien », déplore Pierre Priouret, secrétaire du SNES-FSU de l’académie de Toulouse. Le syndicat de personnels de l’Éducation nationale parle d’une « mesure [qui] ne tiendra pas ! » Ces TZR, titulaires en zones de remplacement, sont bienvenus. Encore faut-il que leur répartition soit sensée et les incongruités sont nombreuses.

Pourquoi ne pas les avoir déployés plus tôt sur le terrain ? « Tout simplement parce qu’un enseignant ne peut pas enseigner n'importe quelle discipline. C'est se moquer littéralement des lycéens qui ont raison de demander des professeurs [...] On va affecter des professeurs de philosophie pour assurer des cours de sciences physiques! »

" On ne peut pas affecter les gens n'importe où "

Quand la matière correspond enfin au professeur, un problème s’invite : la distance. Pierre Priouret a vu des « collègues à 150 kilomètres de chez eux, ou à 100, trois fois par semaine. » Entre le temps de trajet et le prix du carburant en pleine crise, le corps enseignant est à bout. « On ne peut pas affecter les gens n’importe où, n’importe comment : il y a des règles. S’il veut alimenter la colère sur le prix de l’essence et le coût des déplacements, c’est une très bonne idée ! »

Le remplacement, solution limitée

La réponse du ministre de l’Éducation est un coup d’épée dans l’eau car les lycéens manifestent pour des professeurs à l’année. Or, le gouvernement parle d’affecter du personnel « pour l'instant, sans remplacement à effectuer ». Problème ? « Un remplaçant peut intervenir, mais sous des périodes d'une semaine, ça n'a pas de sens vis-à-vis des élèves, pédagogiquement. Venir dans une classe, faire deux heures de cours, repartir… On a assuré de la garderie, mais on n'a absolument pas assuré de l'enseignement. »

"Lancer un film et occuper une classe, ce n'est pas de la pédagogie constructive"

Ces 3 000 remplaçants ne rassurent donc pas le SNES-FSU, au contraire. Le syndicat craint des retombées encore plus importantes, et une organisation désorganisée. « Rien ne va. Il esquive le noyau dur d’un certain nombre de choses. Ça va coûter de l’argent, forcément. Pour lui (Édouard Geffray), ça a le gros avantage que c’est gratuit, mais ça ne marche pas comme ça. »

Pour les courtes absences ? « Il n’y a aucune solution : ça fait quand même plus de trente ans que le ministère propose divers plans qui ne fonctionnent pas, tout simplement parce qu'en réalité on fait appel au volontariat de professeurs qui sont déjà dans l'établissement, qui ont déjà des classes sans responsabilité. Lancer un film et occuper une classe, ce n’est pas de la pédagogie constructive».

Le SNES-FSU demande une titularisation des contractuels

Le secteur espère « un grand plan de titularisation des contractuels qu’on a embauchés pendant des années, qu’on ne réembauche pas et qui sont sans contrat à cette rentrée. C’est au moins 20 % des collègues qui ont du service à l’Éducation nationale qui sont sur le carreau. »

Problème ? Cette réponse coûterait cher au gouvernement qui cherche à tout prix, des économies. « Il faut les payer et les titulariser : si on les réembauche pour une semaine, on ne règle rien. On veut bien discuter d’un plan de titularisation, pour les avoir de manière pérenne dans les établissements. »

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