Dr J-P de Mondenard : "A priori, Froome a franchi la ligne et doit être sanctionné, mais..."

Dr J-P de Mondenard : "A priori, Froome a franchi la ligne et doit être sanctionné mais..."

Le Docteur Jean-Pierre de Mondenard (médecin du sport et spécialiste des questions de dopage), a réagi suite à l'annonce du contrôle antidopage positif du britannique Chris Froome.

Stupeur dans le monde de la petite reine ! Le quadruple vainqueur du Tour de France Chris Froome a été rattrapé par la patrouille. Le coureur britannique a en effet subi un contrôle "anormal" au salbutamol (un médicament d'ordinaire prescrit aux asthmatiques) lors du dernier Tour d'Espagne en septembre dernier, une épreuve qu'il avait d'ailleurs remportée haut la main, devenant par la même occasion le troisième cycliste de l'histoire à réaliser, la même année, le doublé Tour-Vueta. Si l'intéressé nie s'être dopé, affirmant n'avoir fait que suivre les recommandations du médecin de son équipe pour soigner une aggravation de son asthme, cette révélation sème néanmoins le trouble sur ses performances - ayant souvent fait l'objet de soupçons - et vient ternir, une nouvelle fois, le milieu du cyclisme qui n'en a décidément pas fini avec ses vieux démons. 

"Des sportifs dans le même cas ont été blanchis car leur densité urinaire était élevée"

Selon le Dr Jean-Pierre de Mondenard, le taux mesuré lors du contrôle est très nettement au-dessus de la limite autorisée et suggère une tricherie. Toutefois ce médecin du sport, spécialiste des questions de dopage, affirme également que la concentration de ce produit dans l'organisme peut augmenter sans prise illicite. Joint par téléphone, l'intéressé s'explique. "A priori, il (Froome) a une autorisation d'usage à des fins thérapeutiques pour prendre du salbutamol afin de traiter son asthme", rappelle-t-il d'abord avant de préciser qu'effectivement "ce produit, à forte dose, a un effet anabolisant." "La réglementation stipule qu'au-delà d'un certain seuil - 1 000 nanogrammes par millilitre - on est positif et dans le cas de Chris Froome, le taux annoncé par les médias est de 2 000 ng/m donc, a priori, il a effectivement franchi la ligne et doit être sanctionné", ajoute-t-il.

"Sauf que", poursuit-il, "la concentration de salbutamol dans les urines est dépendante des efforts que vous faites (...) et quand vous êtes un coureur cycliste, dans une 18e étape avec 4 cols, il y a une déshydratation importante, c'est-à-dire que votre corps élimine de l'eau pour lutter contre la chaleur et cela augmente par ricochet la concentration urinaire. Donc le chiffre, trouvé dans les urines, ne correspond plus à la dose autorisée et vous allez dépasser 1 000 ng/ml parce que votre densité urinaire est très élevée". "Il faudrait connaître la densité urinaire mais compte tenu des efforts qu'il a fourmis pendant ce Tour d'Espagne, et notamment sur les deux étapes ayant précédé ce contrôle positif, c'est là-dessus qu'il faudra discuter car vous pouvez parfaitement dépasser 1 000 ng/ml alors que vous n'avez pas triché", affirme-t-il tout en rappelant qu'il a "déjà défendu des sportifs de haut niveau dans le même cas" et que ces derniers avaient "été blanchis car la densité urinaire était élevée. Ce qui signifie que "les éléments sont en plus grande quantité dans l'urine".

Le Docteur Mondenar apporte toutefois une nuance en rapport avec les résultats annoncés. "J'ai l'expérience d'une fois et demi le taux mais pas de deux fois (2 000 ng/m) donc je ne peux pas affirmer à 100% que cela est uniquement dû aux conditions extrêmes d'efforts physiques", précise-t-il ainsi.

Pour rappel, si le champion britannique venait à être sanctionné, il pourrait se voir infliger une lourde suspension mais aussi la perte de sa victoire au Tour d'Espagne.

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