Comprendre la polémique des chants homophobes dans les stades

Le 17 mars dernier, Roxana Maracineanu découvrait, "horrifiée", les chants homophobes scandés au Parc des Princes durant le Classique PSG-OM, réputé bouillant.

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Selon elle, l'homophobie est condamnable "au même titre que l'est le racisme" dans les stades. Ses arguments sont parfaitement recevables et transcrivent l'homophobie déjà installée dans l'imaginaire collectif car "ce sont des images et des chants où la victoire, la force, la réussite, sont associés à la masculinité. Où la faiblesse, l’échec, sont liés à la féminité et par extension à l’homosexualité." 

La réponse de la présidente de la LFP, Nathalie Boy de la Tour ne s'est pas faite attendre. Dans un entretien accordé au Parisien, cette dernière a souhaité remettre les choses dans leur contexte en prônant la prévention plutôt que la sanction. Car comme l'a dit Noël Le Graët quelques jours plus tard, pour lui aussi répondre à la Ministre des Sports à ce sujet, "malheureusement, ce n’est pas un phénomène nouveau. Je fais régulièrement le tour d’Europe et j’entends de tout… On n’a pas su, au fil du temps, empêcher les supporters de mal se comporter en étant plus sévère". Autrement dit, les sanctions seraient inefficaces sur les supporters. C'est un autre débat, pourtant central mais malheureusement occulté par la polémique du mot "folklore" utilisé par Madame Boy de la Tour pour expliquer le caractère historique et traditionnel de ces chants. Tout en ayant ajouté que "la majorité des supporters n'ont pas l'impression de blesser." Une simple question de contexte alors ?

Au vu de la polémique suscitée par ses propos et notamment l'usage du mot "folklore", la présidente de la LFP a rajouté dès le lendemain que "ces actes n’ont rien à faire dans un stade. Comment pouvons nous combattre cela? Ça passe par l’éducation et la prévention. La sanction, pourquoi pas, mais quel type de sanction? Il faut appliquer un principe de réalité dans les stades." Une volonté donc d'être pragmatique sans se mouiller pour les instances du football opposée à une volonté de réprimer sans sommation les dérives du côté des politiques.

La réaction de Marlène Schiappa, chargée de la lutte contre les discriminations, était attendue au créneau. Pour elle, aucune dérive discriminatoire ne doit être excusée ou justifiée car ce serait la porte ouverte à toutes les fenêtres : «On ne peut pas admettre ce type d'argumentaire. Les chants homophobes, c’est le début de l’engrenage qui peut ensuite mener à la violence et au fait qu'on a une recrudescence des agressions homophobes dans l'espace public.»

Selon un sondage Odoxa, 71% des Français sont favorables à des sanctions à l'encontre de ceux qui profèrent ces chants, mais ce qui surprend le plus c'est qu'on retrouve ce chiffre de 70% chez les amateurs de football aussi. Le sondage sur le Twitter @SudRadio du 25 mars fait état quant à lui d'une toute autre donne : 52% des auditeurs sont contre le fait de "sanctionner les propos homophobes dans les stades de football". 

Dans un entretien pour le Figaro, le président de la FFF a opté pour l'éloge des efforts de la Fédération en ce sens, plus encore que dans les autres sports...

"Nous sommes la seule fédération à développer ce genre de programme. Nous travaillons aussi avec SOS Homophobie dans tous les centres de formation. On doit travailler sur le sujet avec notre président et avec vous les médias pour vendre l’idée que le stade n’est pas une enceinte où on s’insulte."

Tout cela est évidemment positif mais la bataille par médias interposés entre Noël Le Graët et la Ministre des Sports ternit le débat et relance la polémique. Le premier a déclaré que "elle n’a pas l’habitude de venir au stade, c’est vrai que dans les piscines on n’entend pas ce qu’il se dit". Roxana Maracineanu ne s'est pas faite prier pour lui répondre que "bien sûr que je n’allais pas au stade autant que j’allais à la piscine mais eux y étaient dans les stades."

Le climat est tendu et semble pour l'instant peu propice à la collaboration pour trouver des solutions, concernant pourtant un sujet qui gagne à être débattu et une cause qui mérite d'être défendue. L'enjeu est désormais de trouver la bonne méthode pour résoudre le problème...