GROS PLAN SUD RADIO - Le 10 juillet 2026, le musée des Beaux-Arts d’Orléans a lancé une grande campagne pour retrouver 424 tableaux. Ces derniers ont été pillés durant la Deuxième Guerre mondiale ou perdus durant des décennies. Explications
Vendredi 10 juillet 2026, Olivia Voisin, directrice des musées d'Orléans, a présenté une vaste campagne pour retrouver 424 œuvres disparues ou volées, baptisée "Wanted". Plus de 80 % d'entre elles — soit environ 350 tableaux — auraient été pillées en juin 1940, une grande partie provenant de la collection léguée par le mécène Paul Fourché.
Après deux ans d'enquête menée par les conservateurs Éric Moinet puis Corentin Dury, le musée a établi que ces tableaux, loin d'avoir été détruits, dormaient quelque part — dans une cave, un grenier, ou accrochés aux murs de particuliers. Pour faire connaître sa campagne en France et à l'international, le musée a choisi des affiches inspirées des avis de recherche de western, frappées du mot "WANTED".
Pillage, guerre : comment ses œuvres ont-elles disparues ?
Longtemps, ces tableaux avaient tout simplement été déclarés perdus. Mais le travail d'enquête mené par les conservateurs a permis d'établir une tout autre réalité. En juin 1940, avec l'exode et l'avancée allemande, le musée des Beaux-Arts a été pillé : les œuvres sont alors passées de main en main. L'annexe Paul Fourché, où était conservée une partie de la collection, a ensuite été détruite par un incendie — un sinistre longtemps présenté comme la cause de la disparition des tableaux.
Éric Moinet, conservateur en chef puis directeur du musée dans les années 1990, qui a le premier mis en doute cette version. En recueillant des témoignages auprès d'Orléanais et en retrouvant une photographie du bâtiment prise avant l'incendie — montrant les murs déjà vidés de leurs œuvres — il a établi que le musée avait bien été pillé avant d'être la proie des flammes. Corentin Dury, conservateur du patrimoine chargé des collections anciennes, a ensuite repris et approfondi ces recherches pendant deux ans pour aboutir à la liste des 424 œuvres aujourd'hui recherchées. D'autres tableaux, enfin, ont disparu plus tard, à l'occasion de prêts.
Quels œuvres sont recherchées ?
Dans son communiqué, le musée met en avant quatre tableaux emblématiques, choisis pour illustrer sa campagne « Wanted ». Le premier est un portrait de Charles-Nicolas Cochin par Jean Siméon Chardin (1699-1779), l'un des fleurons de la collection donnée par Paul Fourché en 1907, longtemps crue perdue dans l'incendie qui a ravagé l'annexe du musée pendant la guerre. Figure également une Vierge à l'enfant attribuée à Lorenzo Costa (1460-1535), ainsi qu'une Vierge à l'enfant et le petit saint Jean peinte par un disciple de Raphaël.
Le quatrième tableau recherché a une histoire particulière : il s'agit du portrait de Pierre-Édouard Gautier Dagoty, longtemps répertorié dans les collections comme une œuvre de François-Hubert Drouais. Les conservateurs ont depuis établi qu'il s'agirait plutôt d'un tableau de Johann Julius Heinsius (1740-1812), peintre allemand venu faire carrière en France, qui termina sa vie à Orléans.
Comme le rappelle le musée, « les collections des musées sont inaliénables et imprescriptibles », ce qui signifie que ces œuvres appartiennent toujours au patrimoine public et doivent continuer à être recherchées.
Chaque tableau fait l’objet d’une notice détaillée, enrichie grâce aux anciens catalogues, aux archives et aux descriptions d’époque, pour permettre à toute personne de reconnaître une œuvre si elle réapparaît. L’institution espère ainsi que « la vigilance de chacun fera qu’elles retrouvent un jour le musée auquel elles ont été offertes ».
Déja des premiers retours
Cette enquête a déjà donné plusieurs résultats encourageants. Durant deux dernières années, quatre œuvres ont retrouvé leur place dans les collections. La première d’entre elles est : La Mort de Roland, d’Achille-Etna Michallon. Ce tableau a été rendu en 2026 par un couple allemand qui avait identifié son origine grâce aux inscriptions figurant au dos du tableau. Une autre œuvre, Le Christ entre saint Paul et Apollos d’Alexandrie, a été restituée à Orléans après trente années d’échanges avec le musée de Beauvais.
Autre œuvre qui était perdue, le paysage Sous-bois, Bellevue. Cette œuvre a été retrouvée lors d’une vente aux enchères, tandis que la tête de la sculptureJeanne d’Arc, sauvée des ruines en 1944, a été léguée au musée en 2023.