"Suicidez-vous !": réactions outrées des syndicats de police, après l'Acte 23

Une policière lors d'une manifestation de gilets jaunes
Zakaria ABDELKAFI / AFP

La formule lancée samedi par des manifestants suscite l'émoi, alors que la Police est confrontée à une vague de suicides: 28 agents se sont donnés la mort depuis le début de l'année. Deux mots très largement condamnés par le gouvernement, par les syndicats de police, mais aussi par des leaders des gilets jaunes. Après la diffusion d'une vidéo devenue virale, le parquet de Paris ouvre une enquête pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique.

Réactions recueillies par Benjamin Glaise et Clément Bargain

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, affirme sur les réseaux sociaux son "soutien total à nos forces mobilisées" et dénonce une "ignominie". Mais David Michaux, le secrétaire national CRS pour Unsa-Police, lui demande d'aller plus loin en portant plainte.

"Cela a été très très mal perçu. On attend une réponse très rapide du Ministre de l'intérieur, pour identifier et condamner les auteurs. On attend aussi une plainte du Ministre de l'intérieur. L'incitation au suicide, c'est pénalement répréhensible: 10 ans d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende".

"Ça va péter"

Ces mots résonnent d'autant plus qu'ils visent des fonctionnaires de police qui se disent abandonnés par leur hiérarchie. Des policiers au bord du point de rupture d'après Yves Lefebvre, le secrétaire général du syndicat Unité SGP-Police FO:

"Le flic a une résilience. On ne devient pas flic, comme on rentre dans un supermarché ou dans un bar. On devient flic pour servir la République, pour défendre la veuve et l'orphelin, arrêter des voyous, empêcher des casseurs, ces p****** de black-blocs, et ces gilets jaunes qui se sont radicalisés par sympathie. On aime notre boulot, et on le fait car il n'y aurait pas de République sans nous. Mais à un moment donné, à force de tirer sur la corde, s'il n'y a pas de plan pour améliorer notre temps et nos conditions de travail, pour aller jusqu'au bout des augmentations salariales et être payé à la hauteur des risques qu'on prend, là oui ça va péter. Et si ça n'est pas encore arrivé, ça risque de péter avant l'été 2019."

"Un plan d'urgence"

Yves Lefebvre, qui demande un plan d'urgence national:

"Cela doit devenir la priorité du ministre de l'intérieur, mais aussi du président de la République. Cela passe par des renforts, par une réorganisation complète de la police nationale, par une modification du temps de travail, par une amélioration de l'outil managérial. Aujourd'hui le flicard est complètement dé-sociabilisé par l'absence de vie de famille, il ne voit parfois plus sa femme ni ses gosses. Le flicard, il en prend plein la gueule, sans arrêt, et pas seulement depuis le 17 novembre, même si ça s'est accentué.Ce que j'attends de Christophe Castaner, c'est une date de réunion, et pas seulement nous promettre qu'on va être reçu.  Il y a urgence ! Priorité nationale ! J'attends aussi du président de la République, qu'il prenne ce dossier à bras le corps".

 

 

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