Rokhaya Diallo : "On n'est même pas entendue comme étant experte"

Rokhaya Diallo, militante antiraciste, féministe, éditorialiste, réalisatrice et auteure de la bande dessinée "Ne m'explique pas la vie, mec" (éditions Marabout), était l’invitée d’André Bercoff, lundi 30 novembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Rokhaya Diallo invitée d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

À travers sa bande dessinée, Rokhaya Diallo veut promouvoir la prise de parole des femmes dans l'espace public comme dans l'espace privé.

"Une situation assez classique"

"Souvent, les femmes tentent de prendre la parole mais sont entravées par des hommes plus à l'aise à l'oral", rapporte l'essayiste qui dénonce une certaine pratique du "mansplaining", autrement dit "la mexplication", comme on l'appelle au Québec. Ce sont des situations "où des hommes expliquent à des femmes des choses qu'elles savent mieux qu'eux", définit Rokhaya Diallo.

Sur des sujets où elles peuvent être expertes, l'intellectuelle dénonce des attitudes où des hommes "vont s'autoproclamer experts et expliquer quels livres elles devraient lire". Le terme a été inventé par une journaliste américaine qui s'est retrouvée lors d'une rencontre à expliquer un sujet sur lequel elle était experte. "Un homme l'a interpellé pour l'inviter à lire un livre mais au fil de la discussion, elle a fini par avouer qu'elle en était l'auteure", raconte Rokhaya Diallo. "Une situation assez classique", selon elle, qui "montre combien parfois on n'est même pas entendue comme étant experte".

"Dans les débats, les femmes sont moins nombreuses, on les écoute moins"

Deuxième terme à être défini par la militante féministe, le "manterrupting". Une pratique utilisée particulièrement dans les débats politiques où les femmes sont interrompues, "cinq fois plus que les hommes", selon Rokhaya Diallo qui prend pour exemple le débat entre Donald Trump et Hillary Clinton lors des élections en 2016. "Elle a été interrompue 57 fois", souligne la journaliste qui note que "l'inverse n'est pas forcément vrai". Une tendance qui s'est vérifiée plus récemment lors du débat entre les futurs potentiels vice-présidents, Mike Pence et Kamala Harris, ou encore lors des primaires de la droite en 2016, où "Nathalie Kosciusko-Morizet était plus interrompue que les autres candidats". "Dans les débats, les femmes sont moins nombreuses, on les écoute moins, c'est pareil dans les réunions privées, au travail", déplore la réalisatrice.

Dans la rue ou dans les transports en commun, Rokhaya Diallo s'attaque au "mainspreding" qui consiste au fait que les hommes s'étalent "en écartant les genoux, ne permettant pas aux femmes de s'assoir", et obligeant "les femmes à occuper un tout petit coin". "Quelque chose que l'on voit beaucoup dans les transports en commun", s'indigne-t-elle. Alors si les luttes féministes ont permis beaucoup d'avancées, "des choses subsistent encore dans le quotidien", déplore la militante. Des malfaisances qui peuvent paraître superficielles, "mais qui, quand elles s'additionnent, empêchent les femmes de s'imposer et de s'exprimer", estime-t-elle.

 

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