Ranah Amad : "en Arabie saoudite la culture et la religion contrôlent la vie des femmes"

Ranah Amad est Saoudienne et a fui son pays car elle est athée. Elle est auteure de Ici, les femmes ne rêvent pas (Éditions Globe)
Ranah Amad est Saoudienne et a fui son pays car elle est athée. Elle est auteure de Ici, les femmes ne rêvent pas (Éditions Globe)

Le 19 décembre 2018 dans "Bercoff dans tous ses états", André Bercoff recevait Ranah Amad, une Saoudienne qui a fui son pays car elle est athée, alors que l’apostasie est punie de mort en Arabie saoudite. Elle raconte sa vie incroyable dans un livre : Ici, les femmes ne rêvent pas (Éditions Globe).

Ranah Amad : "en Arabie saoudite, les jeunes femmes ne pensent qu’à se marier"

Ranah Amad nous a tout d’abord raconté son enfance et son adolescence en Arabie saoudite, des expériences qui l’ont amenée à s’interroger sur les mœurs de son pays. "Pour moi, la vie était normale jusqu’à ce que j’ai senti que certaines choses me déplaisaient, ne me convenaient pas. On m’a fait enfiler une burqa à 11 ans. Mon grand-père m’a ensuite enlevé mon vélo, il a dit que je devenais une grande fille et que je n’avais plus le droit de faire du vélo. Et je ne comprenais pas, je pensais que j’avais fait quelque chose de mal, je n’avais pas encore les connaissances pour comprendre", a-t-elle confié à André Bercoff.

"En Arabie saoudite, les filles naissent avec l’idée qu’elles vont grandir, se marier et avoir des enfants. La belle robe blanche de mariage, on y pense depuis qu’on est toutes petites. Pourtant, il y a tant de choses importantes dans la vie d’une femme : faire des études, voyager, travailler… Je pense que si toutes les femmes pouvaient choisir ce qu’elles veulent faire, elles ne penseraient pas qu’à se marier. Mais en Arabie saoudite, la culture et la religion veulent contrôler le corps de la femme, leur sexualité, leur vie. Une fille qui a 25-26 ans et qui n’est pas mariée, on l’interroge, du coup la fille pense qu’il y a quelque chose qui cloche avec elle", a poursuivi Ranah Amad.

Ranah Amad : "je ne comprenais pas le mot athée"

Ranah Amad a aussi raconté à André Bercoff son cheminement intellectuel qui l’a amenée à dire adieu à l’islam. "Sur Internet j’ai trouvé toutes les informations, j’ai commencé à lire de plus en plus et j’ai commencé à penser autrement. Vous savez, en Arabie saoudite on n’étudie pas la philosophie, on n’a pas accès aux livres des philosophes. Ils veulent vous garder sous contrôle, sous la bannière religieuse, ils veulent être sûrs que vous soyez un bon musulman, que vous croyiez en Allah.

Et quand j’ai eu 26 ans j’ai découvert sur Twitter le compte 'Arabe athée'. C’était la première fois que je lisais le mot 'athée'. Je l’ai copié-collé dans l’outil de traduction, mais le mot en arabe, je ne le comprenais pas non plus parce que je ne connaissais pas ce mot. Et quand j’ai lu qu’il y avait des personnes qui ne croyaient pas en Dieu, j’ai commencé à chercher : comment ces gens vivent sans religion, est-ce que leur vie est normale ? Et alors je me suis demandé pourquoi nous avions besoin de Dieu. Il m’a fallu un an pour me convaincre que je pouvais vivre sans Dieu", nous a raconté Ranah Amad.

Ranah Amad : "j’ai eu énormément de menaces après une interview à la télévision"

À la question d’André Bercoff de savoir comment elle trouvait la vie en Allemagne, Ranah Amad a répondu : "Heureuse, c’est un petit mot pour exprimer le bonheur que je ressens à vivre en Allemagne. Je savoure la liberté, le féminisme, tout le travail des féministes pour que les femmes aient les droits. Je suis libre de marcher comme je le sens dans la rue, de montrer mon identité, de ne pas voiler ma face. Je suis athée, et ça ne pose pas de problème en Allemagne".

S’agissant des réactions qu’a suscitées son geste, Ranah Amad a déclaré : "Après une interview à la télévision allemande j’ai eu énormément de menaces. Ma mère ne me parle plus, j’ai perdu contact avec mon père quatre ou cinq mois après cette interview. Maintenant avec mon père on s’écrit par mail, mais avec ma mère c’est fini. Les seules personnes arabes qui m’ont félicitée sont musulmanes et très libérales. Mais elles vivent librement : elles font des soirées, elles boivent de l’alcool…"

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

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