Port du masque obligatoire en extérieur : va-t-on trop loin ?

Philippe Vermersch, président du syndicat des médecins libéraux, et Rudy Manna, secrétaire régional PACA du syndicat de police Alliance, étaient les invités de Benjamin Glaise le 10 août dans le débat du matin sur l’antenne de Sud Radio.

La maire de Paris, Anne Hidalgo, a demandé au préfet de police de rendre obligatoire le port du masque dans plusieurs secteurs fréquentés de la capitale. (Philippe LOPEZ - AFP/Archives)

Sacré-Cœur, quai de Seine, Bercy Village, puces de st Ouen… Depuis lundi 10 août au matin, Paris a rendu le port du masque obligatoire en extérieur dans une centaine de sites à travers la capitale. Quatre départements limitrophes sont aussi concernés, avec des amendes de 135 € en cas d’oubli du masque. Aujourd’hui, ce sont plus de 1.400 villes et villages en France qui ont instauré de telles mesures. Va-t-on trop loin ?

 

Une obligation qui met les choses au clair

"Je suis sur la Côte d’Azur. Nous avons un afflux de touristes très important en ce moment. Lorsque l’on se promène le soir, on se rend compte qu’une personne sur dix porte un masque, précise Philippe Vermersch, président du syndicat des médecins libéraux. Quand ils vont remonter chez eux, c’est le risque d’avoir des foyers épidémiques qui vont se disséminer. Nous avons vu Paris et le Grand Est au pire de la crise, il ne faudrait pas que cela recommence. Reconfiner une ville ou des quartiers, c’est aussi un problème psychologique et économique. Le port du masque obligatoire met aussi les choses au clair pour la police nationale et municipale. Au moins, on n’a pas à discuter. Mais  je voudrais que l’on ait une consigne nationale de façon à ce que l’on ait une homogénéité sur le territoire."

Ainsi, à Marseille, le port du masque a été rendu obligatoire sur le vieux port. Difficile de savoir où le port du masque est obligatoire ou non, et à quelle heure. "Oui, c’est assez compliqué à comprendre, juge Rudy Manna, secrétaire régional PACA du syndicat de police Alliance. Aujourd’hui, il faut des consignes nationales. Il y a quatre mois, le masque n’était pas du tout obligatoire. Aujourd’hui, on nous explique que le masque est obligatoire pour éviter de se transmettre la maladie, soit exactement l’inverse d’il y a quatre mois. En plus, des maires décident que, dans certains secteurs, on doit avoir le masque, sinon l’on est verbalisé. Si vous êtes limitrophe, êtes-vous sur le secteur ou non ?"

Plus difficile à appliquer la nuit

Une telle obligation du port du masque en extérieur est-elle vraiment applicable ? "Sur Marseille, c’est plutôt respecté dans l’ensemble, estime Rudy Manna. Mais le soir, quand vous avez une trentaine de jeunes sur le bas de la Canebière qui décident de ne pas mettre le masque, vous imaginez trois policiers dire 'vous allez mettre le masque ou l’on va vous verbaliser' ? Il faudrait dix voitures en renfort pour réussir à encadrer tout le monde et verbaliser. Dans 95% des cas, ils ne vont pas vouloir se laisser verbaliser. Pour mettre une amende, on ne va pas rentrer dans ces difficultés-là. Aujourd’hui, c’est facile à dire quand on est dans un ministère ou une mairie. Mais quand vous êtes sur le terrain… En journée, on va réussir à faire respecter l’obligation. Mais le soir, s’ils ne veulent pas, cela va tourner au pugilat…"

Quid de l’efficacité du port du masque en extérieur ? Cela a-t-il vraiment un intérêt, une importance capitale ? "Quand vous avez de la foule et que vous vous côtoyez, vous avez une possibilité d’attraper le virus. Dans les pays asiatiques, où l’on a habitude de porter des masques dans la rue, ils ont été moins touchées, par rapport à ici où l’on se fait la bise, juge Philippe Vermersch, président du syndicat des médecins libéraux. La promiscuité entre les gens est supérieure à celle entre les Asiatiques."  Le pic de chaleur a-t-il aussi une influence, avec la sueur ? "Oui, ils sont toujours aussi efficaces en cas de chaleur. Ce n’est pas très confortable à porter quand il fait 40° dehors. Il faut juste changer le masque plus souvent."

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