Pierre Malinowski : "La guerre n'est pas terminée tant que le dernier soldat n'est pas enterré"

Pierre Malinowski, historien de formation, ancien militaire, président de la Fondation Franco-Russe des initiatives historiques, auteur de "L’incroyable retour du Général Gudin" (éditions Cherche Midi) était l’invité d’André Bercoff, vendredi 27 novembre sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Pierre Malinowski invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Du chemin des Dames au King Bastion de Russie, Pierre Malinowski traverse un siècle d'histoire, de la campagne de Russie à la bataille de Verdun. Il raconte son aventure pour retrouver le corps de Gudin, le meilleur ami de Napoléon tombé en 1812.

"Toutes les familles françaises ont un aïeul qui a participé à la Première Guerre mondiale"

"Toute ma vie est reliée à la Première Guerre mondiale", se souvient Pierre Malinowski qui a grandi le long du chemin des Dames, dans l'Aisne. Au départ, "c'est par là que passaient les filles de Louis XV, puis c'est un lieu de combat de Napoléon et de la Grande Guerre", explique-t-il, même si ce lieu demeure moins connu que Verdun. "C'est une tragédie, on compte 200.000 morts en moins de quatre mois sur un front de 20 kilomètres", décrit l'historien de formation qui partait chaque week-end avec son père "à la recherche de ces poilus pour leur rendre une identité".

Un travail d'identification puis de recherche des familles, "ce qui est le plus émouvant", témoigne Pierre Malinowski. "Toutes les familles françaises ont un aïeul qui a participé à la Première Guerre mondiale", souligne-t-il, affirmant vouloir se battre pour ce devoir de mémoire. "La guerre n'est pas terminée tant que le dernier soldat n'est pas enterré", ajoute-t-il reprenant la citation du philosophe russe Vladimir Soloviov. "On devrait pouvoir légaliser le fait de retrouver ces soldats, retrouver les familles et les inhumer", estime l'auteur.

"Retrouver un corps de 1m70 dans un pays comme la Russie c'est impossible"

Tout amateur d'histoire ne peut se détourner des aventures de Napoléon, et plus particulièrement la campagne de Russie. "Je voulais retrouver les grognards", se souvient Pierre Malinowski. Ces hommes morts durant la Bérézina en 1812. Mais si l'historien voulait avoir un impact assez fort, il fallait trouver une personnalité. Après avoir regardé la liste des douze généraux disparus, il s'est mis en tête de retrouver l'un d'eux. "Retrouver un corps de 1m70 dans un pays comme la Russie c'est impossible, me disait-on", sourit l'ancien militaire qui est tombé, presque par hasard, sur la biographie de Gudin. "Il a un parcours exceptionnel jusqu'à mourir en Russie dans les bras de Napoléon", explique l'auteur.

C'est lors de la venue de Vladimir Poutine pour les commémorations du centenaire de 1918, que Pierre Malinowski est allé lui demander l'autorisation de retrouver le corps de Gudin. "Il m'a pris pour un fou", en rigole-t-il. La première mission en mai 2019 n'a pas abouti, à part la découverte d'une partie des grognards qui accompagnaient Gudin. "Je ne voulais pas m'arrêter là", poursuit l'auteur qui, en se promenant dans la ville de Smolensk, il se met à la place de Napoléon pour savoir "où j'enterrerai mon meilleur ami". Après consultation des archives, la piste le mène au King Bastion où dominent cinq buttes, dont l'une plus haute que les autres. "Vu comment il était narcissique j'étais persuadé qu'il avait enterré son ami là haut", témoigne Pierre Malinowski. Après neuf jours de fouilles sur 20 mètres carré, deux dents sont découvertes. "J'ai compris que c'était Gudin". Encore fallait-il le prouver. Devant les caméras les fouilleurs tombent sur du bois puis sur une jambe arrachée. "J'ai transporté le corps dans un sac dans l'avion jusqu'en France pour un test ADN nucléaire qui a confirmé l'identité du cadavre", raconte enfin l'historien.

 

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