Après l’eau, ce sont désormais les œufs qui sont contaminés par les « polluants éternels ». Entre février et juin 2026, le réseau ICI et la cellule investigation de Radio France ont fait analyser 91 œufs provenant de plusieurs régions françaises. Résultat : 52 échantillons, soit 57 %, contiennent au moins un des quatre PFAS recherchés ! Et parmi eux, 23 dépassent les seuils réglementaires, soit environ un œuf sur quatre.
Les prélèvements ont été réalisés auprès de particuliers, mais aussi dans le commerce. 54 % des œufs provenaient de poules appartenant à des particuliers et 46 % avaient été achetés dans des magasins. Tous étaient issus de poules élevées en plein air.
Des PFAS qui augmentent les risques de cancers
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) regroupent plusieurs milliers de molécules chimiques utilisées depuis des décennies pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou résistantes à la chaleur notamment.
Ils sont surnommés « polluants éternels » puisque, naturellement, ils peuvent ne pas se dégrader pendant plusieurs siècles au minimum. L’unique manière de les détruire est de les chauffer à des températures colossales : environ 1 300 degrés Celsius. Le problème : ils sont extrêmement nocifs pour la santé. Ils augmentent le risque de cancers, par exemple.
Des niveaux élevés dans les Ardennes et le Rhône
L’enquête met en évidence plusieurs zones où les concentrations sont plus que préoccupantes. Le résultat le plus spectaculaire a été relevé à Haraucourt, dans les Ardennes, sur des œufs provenant d’une exploitation agricole. Trois des quatre PFAS recherchés y ont été retrouvés. Leur concentration cumulée atteint 40,1 microgrammes par kilo, contre un seuil réglementaire fixé à 1,7 microgramme par kilo. Le niveau est donc près de 24 fois supérieur à la limite.
À Pierre-Bénite, dans le Rhône, également. Les quatre PFAS recherchés ont été détectés dans les œufs d’un particulier. Leur concentration totale atteint 16,3 microgrammes par kilo, soit près de dix fois le seuil réglementaire.
Les œufs de particuliers davantage
L’enquête montre une différence de contamination importante entre les œufs provenant de particuliers et ceux achetés dans le commerce. Les œufs issus de producteurs, donc présents dans le commerce, sont contaminés à quatre reprises et seuls deux dépassent la limite fixée. Une grande majorité des contaminations ont donc lieu chez les particuliers.
Les poules des particuliers sont souvent élevées en plein air. Elles ingèrent et vivent donc dans un environnement potentiellement contaminé par des « polluants éternels », qui se retrouvent dans leurs œufs. La contamination est, en fait, le reflet de la qualité de l’environnement dans lequel sont les animaux. Cela explique la très forte contamination des œufs de Pierre-Bénite, ville présente dans la « vallée de la chimie », dans laquelle des sites industriels comme Arkema et Daikin utiliseraient des PFAS. Dans les Ardennes, c’est plutôt l’épandage de boues issues de stations d’épuration qui serait à l’origine.
Un produit phare qui a la cote auprès des Français
Les Français consomment de plus en plus d’œufs. En 2025, la consommation moyenne a atteint 237 œufs par personne, selon l’ITAVI (Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole). 7,3 milliards d’œufs ont été achetés par les ménages en 2025, selon le même institut.
Et encore une fois, ces « polluants éternels » sont nocifs à long terme. Certaines molécules de la famille des PFAS sont notamment associées à des effets sur le cholestérol, le système immunitaire, la fertilité et certains cancers. Pour les autorités sanitaires, l’objectif n’est toutefois pas d’arrêter de manger des œufs, mais de diversifier son alimentation. Et dans les zones où une contamination a été identifiée, les mêmes autorités ont recommandé de ne pas consommer ces œufs.
Il faut tout de même rappeler que les œufs vendus dans le commerce ne sont pas ceux des particuliers et ne représentent que quatre contaminations sur les 91 échantillons.