Patrick Artus : "Plus on peut gagner du temps sur la normalisation, moins la facture sera lourde"

Patrick Artus, chef économiste de Natixis, auteur de "40 ans d'austérité salariale, comment en sortir" (éditions Odile Jacob), était l’invité d’André Bercoff lundi 8 juin sur Sud Radio dans son rendez-vous du 12h-13h, "Bercoff dans tous ses états".

Patrick Artus invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Après la crise sanitaire, la crise économique. C'est ce qui du moins est prédit par les économistes et les politiques. Mais peut-on encore éviter une catastrophe économique ? Pour l'économiste Patrick Artus, si un retour à la normale se produit rapidement, le pire peut être évité.

 

De combien reculera le PIB ?

La première question qui se pose est de savoir quand le retour à la normale pourra être envisagé. "On avait prévu que les problèmes sanitaires allaient rester graves plusieurs mois", note l'économiste qui rapporte que le gouvernement était "sur un scénario où encore tout l'été et peut-être jusqu'à la rentrée, il y allait avoir un problème sanitaire important qui nécessiterait beaucoup de prudence et le maintien de règles sanitaires extrêmement strictes". Mais l'amélioration de la situation épidémiologique pourrait faire revoir les plans.

"Si on arrive à normaliser l'économie au plus vite, on va gagner beaucoup", prévient-il. Selon le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérard Darmain, le PIB pourrait reculer de 11 points cette année, contre 1 point de plus prévu au début de l'année 2020. "12 points de perdus, c'est dix ans de croissance !", alerte Patrick Artus. Un peu moins alarmiste, la dernière prévision de l'Insee nous dit que "si on arrivait à normaliser l'économie en septembre, on ne perdrait que 8 points", rapporte-t-il. "Alors c'est horrible mais c'est trois points de mieux", estime l'économiste qui interroge : "peut-être qu'il faut se poser la question aujourd'hui de savoir si on est pas trop prudent et si on ne pourrait pas aller plus vite". "Plus on peut gagner du temps sur la normalisation, moins la facture sera lourde", admet-il.

Un problème sectoriel

"On a fait en même temps un énorme déficit budgétaire", souligne l'auteur qui précise que "l'on prévoit plus de 11 points du PIB de déficit budgétaire". Un budget qui comprend "ce que l'État injecte des revenus dans l'économie (chômage partiel, aide aux entreprises, baisse d'impôts)". En moyenne, l'État a rendu aux Français "a peu près ce qu'ils perdaient", note Patrick Artus. Mais le cas français n'est pas le pire au monde. "Aux USA, l'État a tellement rendu aux Américains de revenus par le déficit public que le revenu des Américains est plus élevé que s'il n'y avait pas eu la crise", rapporte-t-il.

Mais le problème qui se pose ne concerne pas seulement le revenu des Français. "Il y a des problèmes d'offres", alerte l'économiste. Des problèmes qui sont dus "aux réglementations sanitaires faisant perdre de la productivité". "Il faut peut-être penser à l'alléger si l'épidémie disparaît vraiment", recommande-t-il. Mais ces problèmes viennent aussi d'un changement de comportement qui pourrait affecter durablement certains secteurs. "On va peut-être durablement moins acheter de voiture, moins consommer en magasins, moins faire de tourisme sur la planète", prévient l'auteur qui prévoit "des secteurs durablement en difficulté alors que d'autres secteurs vont très bien". "Je crains que même si l'épidémie disparaît plus vite et qu'on peut alléger les règles sanitaires, il reste un problème sectoriel", estime Patrick Artus.

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